La consultation finie, il déclara positivement à Grandet que sa femme
était bien mal, mais qu'un grand calme d'esprit, un régime doux et
des soins minutieux pourraient reculer l'époque de sa mort vers la
fin de l'automne.
«Ça coûtera-t-il cher? dit le bonhomme; faut-il des drogues?
--Peu de drogues, mais beaucoup de soins, répondit le médecin, qui ne
put retenir un sourire.
--Enfin, monsieur Bergerin, répondit Grandet, vous êtes un homme
d'honneur, pas vrai? Je me fie à vous, venez voir ma femme toutes
et quantes fois vous le jugerez convenable. Conservez-moi ma bonne
femme; je l'aime beaucoup, voyez-vous, sans que ça paraisse, parce
que, chez moi, tout se passe en dedans et me trifouille l'âme. J'ai
du chagrin. Le chagrin est entré chez moi avec la mort de mon frère,
pour lequel je dépense, à Paris, des sommes... les yeux de la tête,
enfin! et cela ne finit point. Adieu, monsieur; si l'on peut sauver
ma femme, sauvez-la, quand même il faudrait dépenser pour ça cent ou
deux cents francs.»