Mais, dit le commentateur Barthélemy Saint-Hilaire, voilà déjà bien
des notions sur le premier moteur immobile; car nous savons qu'il
est un et éternel, et que le mouvement qu'il crée est le mouvement
circulaire, le seul de tous les mouvements qui puisse être un,
éternel, continu, régulier et uniforme. Aristote ajoute sur le moteur
premier deux autres considérations non moins profondes et non moins
vraies, par lesquelles il achève sa _Physique_, ou plutôt la théorie
du mouvement. Le premier moteur est nécessairement indivisible, et il
est sans grandeur quelconque. S'il avait une grandeur quelle qu'elle
fût, il serait fini; et une grandeur finie ne peut jamais produire
un mouvement infini et éternel, pas plus qu'elle ne peut avoir une
puissance infinie. Immobile et immuable, il a éternellement la force
de produire le mouvement sans fatigue et sans peine; et son action
ne s'épuise jamais, toujours uniforme, égale et identique, d'abord en
lui-même, et ensuite dans le mobile, sur lequel elle s'exerce.
Enfin, où placer dans l'univers le premier moteur? En quel lieu
réside-t-il, si toutefois on peut, sur l'infini et l'éternel, élever
une telle question? Est-ce au centre? Ou n'est-ce pas plutôt à la
circonférence, puisque c'est à la circonférence que les mouvements
sont les plus rapides, et que ce sont les parties les plus
rapprochées du moteur qui sont mues avec le plus de rapidité? Tel
est le système du monde, mû durant l'éternité par le premier moteur,
qui n'a lui-même, dans son unité, dans son infinitude et dans son
immobilité, ni parties ni aucune espèce de grandeur possible.
Voilà les derniers mots et les dernières idées de la _Physique_
d'Aristote, terminant cette vaste étude par une théorie de l'action
de Dieu sur le monde.