IV.

Mais, dit le commentateur Barthélemy Saint-Hilaire, voilà déjà bien

des notions sur le premier moteur immobile; car nous savons qu'il

est un et éternel, et que le mouvement qu'il crée est le mouvement

circulaire, le seul de tous les mouvements qui puisse être un,

éternel, continu, régulier et uniforme. Aristote ajoute sur le moteur

premier deux autres considérations non moins profondes et non moins

vraies, par lesquelles il achève sa _Physique_, ou plutôt la théorie

du mouvement. Le premier moteur est nécessairement indivisible, et il

est sans grandeur quelconque. S'il avait une grandeur quelle qu'elle

fût, il serait fini; et une grandeur finie ne peut jamais produire

un mouvement infini et éternel, pas plus qu'elle ne peut avoir une

puissance infinie. Immobile et immuable, il a éternellement la force

de produire le mouvement sans fatigue et sans peine; et son action

ne s'épuise jamais, toujours uniforme, égale et identique, d'abord en

lui-même, et ensuite dans le mobile, sur lequel elle s'exerce.

Enfin, où placer dans l'univers le premier moteur? En quel lieu

réside-t-il, si toutefois on peut, sur l'infini et l'éternel, élever

une telle question? Est-ce au centre? Ou n'est-ce pas plutôt à la

circonférence, puisque c'est à la circonférence que les mouvements

sont les plus rapides, et que ce sont les parties les plus

rapprochées du moteur qui sont mues avec le plus de rapidité? Tel

est le système du monde, mû durant l'éternité par le premier moteur,

qui n'a lui-même, dans son unité, dans son infinitude et dans son

immobilité, ni parties ni aucune espèce de grandeur possible.

Voilà les derniers mots et les dernières idées de la _Physique_

d'Aristote, terminant cette vaste étude par une théorie de l'action

de Dieu sur le monde.

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 64 / 145 题