XXV.

On regrette de trouver ici la recommandation platonique de l'abandon

des enfants difformes; loi humaine en opposition à la loi divine.

Alexandre eût été abandonné, car il était difforme d'une épaule.

«On a coutume de donner le nom de république aux gouvernements qui

inclinent à la démocratie, et celui d'aristocratie aux gouvernements

qui inclinent à l'oligarchie; c'est que le plus ordinairement les

lumières et la noblesse sont le partage des riches; ils sont comblés

en outre de ces avantages que d'autres achètent si souvent par le

crime, et qui assurent à leurs possesseurs un renom de vertu et une

haute considération.

«Comme le système aristocratique a pour but de donner la suprématie

politique à ces citoyens éminents, on a prétendu, par suite, que

les oligarchies se composent en majorité d'hommes vertueux et

estimables. Or il semble impossible qu'un gouvernement dirigé par

les meilleurs citoyens ne soit pas un excellent gouvernement, un

mauvais gouvernement ne devant peser que sur les États régis par des

hommes corrompus. Et, réciproquement, il semble impossible que, là

où l'administration n'est pas bonne, l'État soit gouverné par les

meilleurs citoyens. Mais il faut remarquer que de bonnes lois ne

constituent pas à elles seules un bon gouvernement, et qu'il importe

surtout que ces bonnes lois soient observées. Il n'y a donc de bon

gouvernement d'abord que celui où l'on obéit à la loi, ensuite que

celui où la loi à laquelle on obéit est fondée sur la raison; car

on pourrait aussi obéir à des lois déraisonnables. L'excellence de

la loi peut du reste s'entendre de deux façons: la loi est, ou la

meilleure possible relativement aux circonstances, ou la meilleure

possible d'une manière générale et absolue.

«Le principe essentiel de l'aristocratie paraît être d'attribuer

la prédominance politique à la vertu; car le caractère spécial de

l'aristocratie, c'est la vertu, comme la richesse est celui de

l'oligarchie, et la liberté, celui de la démocratie. Toutes trois

admettent d'ailleurs la suprématie de la majorité, puisque, dans les

unes comme dans les autres, la décision prononcée par le plus grand

nombre des membres du corps politique a toujours force de loi. Si la

plupart des gouvernements prennent le nom de république, c'est qu'ils

cherchent presque tous uniquement à combiner les droits des riches et

des pauvres, de la fortune et de la liberté; et la richesse semble

presque partout tenir lieu de mérite et de vertu.

«Trois éléments dans l'État se disputent l'égalité: ce sont la

liberté, la richesse et le mérite. Je ne parle pas d'un quatrième

qu'on appelle la noblesse; car il n'est qu'une conséquence de

deux autres, et la noblesse n'est qu'une ancienneté de richesse

et de talent. Or la combinaison des deux premiers éléments donne

évidemment la république, et la combinaison de tous les trois donne

l'aristocratie plutôt que toute autre forme. Je classe toujours à

part la véritable aristocratie dont j'ai d'abord parlé.

«Ainsi nous avons démontré qu'à côté de la monarchie, de la

démocratie et de l'oligarchie, il existe encore d'autres systèmes

politiques. Nous avons expliqué la nature de ces systèmes, les

différences des aristocraties entre elles, et les différences des

républiques aux aristocraties; enfin l'on doit voir que toutes ces

formes sont moins éloignées qu'on ne pourrait le croire les unes des

autres.»

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 32 / 145 题