XXIV.

Il conclut ici que la royauté ne peut être reconnue à moins que

l'individu couronné ne soit évidemment supérieur en talent et en

vertu à tous les autres.

La république ou l'État parfait doit participer du pouvoir absolu

par la vigueur de l'autorité, du pouvoir oligarchique par la sagesse

des conseils. Il est cependant très-évident que sa qualité natale de

sujet d'un roi comme Philippe, et de précepteur d'un héros-roi comme

Alexandre, font garder à Aristote des ménagements discrets pour la

royauté. De là sa perte.

Le philosophe parfait se retrouve dans des considérations

merveilleusement sagaces sur l'éducation générale des citoyens:

«L'association politique étant toujours composée de chefs et de

subordonnés, je demande si l'autorité et l'obéissance doivent être

alternatives ou viagères. Il est clair que le système de l'éducation

devra se rapporter à ces grandes divisions des citoyens entre eux.

Si quelques hommes l'emportaient sur les autres hommes autant que,

selon la croyance commune, les dieux et les héros peuvent différer

des mortels, à l'égard du corps qu'un seul coup d'oeil suffit pour

juger, et même à l'égard de l'âme, de telle sorte que la supériorité

des chefs fût aussi incontestable et aussi évidente pour les sujets,

nul doute qu'il ne fallût préférer la perpétuité de l'obéissance pour

les uns, et du pouvoir pour les autres.

«Mais ces dissemblances sont choses fort difficiles à constater;

et il n'en est point du tout ici comme pour ces rois de l'Inde

qui, selon Scylax, l'emportent si complétement sur les sujets qui

leur obéissent. Il est donc évident que, par bien des motifs,

l'alternative de l'autorité et de la soumission doit nécessairement

être commune à tous les citoyens. L'égalité est l'identité

d'attributions entre des êtres semblables, et l'État ne saurait

vivre contre les lois de l'équité: les factieux que le pays renferme

toujours trouveraient de constants appuis dans les sujets mécontents,

et les membres du gouvernement ne sauraient jamais être assez

nombreux pour résister à tant d'ennemis réunis.

«Cependant il est incontestable qu'il doit y avoir une différence

entre les chefs et les subordonnés. Quelle sera cette différence,

et quelle sera la répartition du pouvoir? Telles sont les questions

que doit résoudre le législateur. Nous l'avons déjà dit: c'est la

nature elle-même qui a tracé la ligne de démarcation, en créant dans

une espèce identique les classes des jeunes et des vieux, les uns

destinés à obéir, les autres capables de commander. Une autorité

conférée par l'âge ne peut irriter la jalousie, ni enfler la vanité

de personne, surtout lorsque chacun est assuré d'obtenir avec les

années la même prérogative.

«Ainsi l'autorité et l'obéissance doivent être à la fois perpétuelles

et alternatives; et, par suite, l'éducation doit être à la

fois pareille et diverse; puisque, de l'aveu de tout le monde,

l'obéissance est la véritable école du commandement.»

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 31 / 145 题