Les chapitres suivants traitent de l'économie domestique et
politique à peu près suivant les mêmes principes que les économistes
d'aujourd'hui. Le premier de ces principes est le commerce: la terre,
l'exploitation des bois, des mines, les métiers admirablement définis
et analysés, la spéculation sur les grains qui avait enrichi Thalès
de Milet.
Il définit plus loin les trois genres d'autorité du père de famille
sur les esclaves, la femme et les enfants, et sur la nature des
vertus nécessaires à tous.
«Cette relation s'étend évidemment au reste des êtres; et, dans
le plus grand nombre, la nature a établi le commandement et
l'obéissance. Ainsi l'homme libre commande à l'esclave tout autrement
que l'époux à la femme et le père à l'enfant; et pourtant les
éléments essentiels de l'âme existent dans tous ces êtres, mais ils
y sont à des degrés bien divers. L'esclave est absolument privé de
volonté, la femme en a une, mais en sous-ordre; l'enfant n'en a
qu'une incomplète.
«Il en est nécessairement de même des vertus morales. On doit les
supposer dans tous ces êtres, mais à des degrés différents, et
seulement dans la proportion indispensable à la destination de chacun
d'eux. L'être qui commande doit avoir la vertu morale dans toute
sa perfection; sa tâche est absolument celle de l'architecte qui
ordonne, et l'architecte, ici, c'est la raison. Quant aux autres, ils
ne doivent avoir de vertus que suivant les fonctions qu'ils ont à
remplir.
«Reconnaissons donc que tous les individus dont nous venons de parler
ont leur part de vertu morale, mais que la sagesse de l'homme n'est
pas celle de la femme, que son courage, son équité, ne sont pas les
mêmes, comme le pensait Socrate, et que la force de l'un est toute
de commandement, celle de l'autre, toute de soumission. Et j'en dis
autant de toutes leurs autres vertus; car ceci est encore bien plus
vrai, quand on se donne la peine d'examiner les choses en détail.
C'est se faire illusion à soi-même que de dire, en se bornant à des
généralités, que «la vertu est une bonne disposition de l'âme», et
la pratique de la sagesse, ou de répéter telle autre explication
tout aussi vague. À de pareilles définitions, je préfère beaucoup
la méthode de ceux qui, comme Gorgias, se sont occupés de faire le
dénombrement de toutes les vertus. Ainsi, en résumé, ce que dit le
poëte d'une des qualités féminines:
Un modeste silence est l'honneur de la femme,
est également juste de toutes les autres; cette réserve ne siérait
pas à un homme.
«L'enfant étant un être incomplet, il s'ensuit évidemment que la
vertu ne lui appartient pas véritablement, mais qu'elle doit être
rapportée à l'être accompli qui le dirige. Le rapport est le même
du maître à l'esclave. Nous avons établi que l'utilité de l'esclave
s'appliquait aux besoins de l'existence; la vertu ne lui sera donc
nécessaire que dans une proportion fort étroite, il n'en aura que ce
qu'il en faut pour ne point négliger ses travaux par intempérance ou
paresse.
«Ceci étant admis, pourra-t-on dire: Les ouvriers aussi devront
donc avoir de la vertu, puisque souvent l'intempérance les détourne
de leurs travaux? Mais n'y a-t-il point ici une énorme différence?
L'esclave partage notre vie; l'ouvrier, au contraire, vit loin
de nous et ne doit avoir de vertu qu'autant précisément qu'il a
d'esclavage; car le labeur de l'ouvrier est en quelque sorte un
esclavage limité. La nature fait l'esclave; elle ne fait pas le
cordonnier ou tel autre ouvrier.
«Il faut donc avouer que le maître doit être pour l'esclave
l'origine de la vertu qui lui est spéciale, bien qu'il n'ait pas, en
tant que maître, à lui communiquer l'apprentissage de ses travaux.
Aussi est-ce bien à tort que quelques personnes refusent toute raison
aux esclaves et ne veulent jamais leur donner que des ordres; il faut
au contraire les reprendre avec plus d'indulgence encore que les
enfants. Du reste, je m'arrête ici sur ce sujet.
«Quant à ce qui concerne l'époux et la femme, le père et les enfants,
et la vertu particulière de chacun d'eux, les relations qui les
unissent, leur conduite bonne ou blâmable, et tous les actes qu'ils
doivent rechercher comme louables ou fuir comme répréhensibles, ce
sont là des objets dont il faut nécessairement s'occuper dans les
études politiques.
«En effet, tous ces individus tiennent à la famille, aussi bien que
la famille tient à l'État; or la vertu des parties doit se rapporter
à celle de l'ensemble; il faut donc que l'éducation des enfants et
des femmes soit en harmonie avec l'organisation politique, s'il
importe réellement que les enfants et les femmes soient bien réglés
pour que l'État le soit comme eux. Or c'est là nécessairement un
objet de grande importance; car les femmes composent la moitié des
personnes libres, et ce sont les enfants qui formeront un jour les
membres de l'État.»