XX.

Les chapitres suivants traitent de l'économie domestique et

politique à peu près suivant les mêmes principes que les économistes

d'aujourd'hui. Le premier de ces principes est le commerce: la terre,

l'exploitation des bois, des mines, les métiers admirablement définis

et analysés, la spéculation sur les grains qui avait enrichi Thalès

de Milet.

Il définit plus loin les trois genres d'autorité du père de famille

sur les esclaves, la femme et les enfants, et sur la nature des

vertus nécessaires à tous.

«Cette relation s'étend évidemment au reste des êtres; et, dans

le plus grand nombre, la nature a établi le commandement et

l'obéissance. Ainsi l'homme libre commande à l'esclave tout autrement

que l'époux à la femme et le père à l'enfant; et pourtant les

éléments essentiels de l'âme existent dans tous ces êtres, mais ils

y sont à des degrés bien divers. L'esclave est absolument privé de

volonté, la femme en a une, mais en sous-ordre; l'enfant n'en a

qu'une incomplète.

«Il en est nécessairement de même des vertus morales. On doit les

supposer dans tous ces êtres, mais à des degrés différents, et

seulement dans la proportion indispensable à la destination de chacun

d'eux. L'être qui commande doit avoir la vertu morale dans toute

sa perfection; sa tâche est absolument celle de l'architecte qui

ordonne, et l'architecte, ici, c'est la raison. Quant aux autres, ils

ne doivent avoir de vertus que suivant les fonctions qu'ils ont à

remplir.

«Reconnaissons donc que tous les individus dont nous venons de parler

ont leur part de vertu morale, mais que la sagesse de l'homme n'est

pas celle de la femme, que son courage, son équité, ne sont pas les

mêmes, comme le pensait Socrate, et que la force de l'un est toute

de commandement, celle de l'autre, toute de soumission. Et j'en dis

autant de toutes leurs autres vertus; car ceci est encore bien plus

vrai, quand on se donne la peine d'examiner les choses en détail.

C'est se faire illusion à soi-même que de dire, en se bornant à des

généralités, que «la vertu est une bonne disposition de l'âme», et

la pratique de la sagesse, ou de répéter telle autre explication

tout aussi vague. À de pareilles définitions, je préfère beaucoup

la méthode de ceux qui, comme Gorgias, se sont occupés de faire le

dénombrement de toutes les vertus. Ainsi, en résumé, ce que dit le

poëte d'une des qualités féminines:

Un modeste silence est l'honneur de la femme,

est également juste de toutes les autres; cette réserve ne siérait

pas à un homme.

«L'enfant étant un être incomplet, il s'ensuit évidemment que la

vertu ne lui appartient pas véritablement, mais qu'elle doit être

rapportée à l'être accompli qui le dirige. Le rapport est le même

du maître à l'esclave. Nous avons établi que l'utilité de l'esclave

s'appliquait aux besoins de l'existence; la vertu ne lui sera donc

nécessaire que dans une proportion fort étroite, il n'en aura que ce

qu'il en faut pour ne point négliger ses travaux par intempérance ou

paresse.

«Ceci étant admis, pourra-t-on dire: Les ouvriers aussi devront

donc avoir de la vertu, puisque souvent l'intempérance les détourne

de leurs travaux? Mais n'y a-t-il point ici une énorme différence?

L'esclave partage notre vie; l'ouvrier, au contraire, vit loin

de nous et ne doit avoir de vertu qu'autant précisément qu'il a

d'esclavage; car le labeur de l'ouvrier est en quelque sorte un

esclavage limité. La nature fait l'esclave; elle ne fait pas le

cordonnier ou tel autre ouvrier.

«Il faut donc avouer que le maître doit être pour l'esclave

l'origine de la vertu qui lui est spéciale, bien qu'il n'ait pas, en

tant que maître, à lui communiquer l'apprentissage de ses travaux.

Aussi est-ce bien à tort que quelques personnes refusent toute raison

aux esclaves et ne veulent jamais leur donner que des ordres; il faut

au contraire les reprendre avec plus d'indulgence encore que les

enfants. Du reste, je m'arrête ici sur ce sujet.

«Quant à ce qui concerne l'époux et la femme, le père et les enfants,

et la vertu particulière de chacun d'eux, les relations qui les

unissent, leur conduite bonne ou blâmable, et tous les actes qu'ils

doivent rechercher comme louables ou fuir comme répréhensibles, ce

sont là des objets dont il faut nécessairement s'occuper dans les

études politiques.

«En effet, tous ces individus tiennent à la famille, aussi bien que

la famille tient à l'État; or la vertu des parties doit se rapporter

à celle de l'ensemble; il faut donc que l'éducation des enfants et

des femmes soit en harmonie avec l'organisation politique, s'il

importe réellement que les enfants et les femmes soient bien réglés

pour que l'État le soit comme eux. Or c'est là nécessairement un

objet de grande importance; car les femmes composent la moitié des

personnes libres, et ce sont les enfants qui formeront un jour les

membres de l'État.»

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 27 / 145 题