XVIII.

Aristote démontre la nécessité de l'association par la nature.

«L'homme ne peut se perpétuer, sur ce globe, sans l'union des sexes,

car c'est un désir naturel que de vouloir laisser après soi un être

fait à son image. La femme est plus faible, donc elle doit être

subordonnée. La nature a donc déterminé la condition spéciale de la

femme et de l'esclave. Ces deux premières associations de l'époux et

de la femme, du maître et de l'esclave, sont donc les bases de la

famille. Hésiode l'a fort bien dit dans ce vers:

La maison, puis la femme et le boeuf laboureur;

car le pauvre n'a pas d'autre esclave que le boeuf. Manger à la

même table, se chauffer au même foyer, c'est la famille! Plusieurs

familles s'associent, c'est le village; ils ont sucé le même lait,

ce sont les enfants et les enfants des enfants; le plus âgé est le

roi. L'association des villages forme l'État, la nation. Ainsi l'État

vient toujours de la nature. De là cette conclusion évidente: que

celui qui se refuse aux lois naturelles de l'association est un être

dégradé.

«On ne peut douter que l'État ne soit naturellement au-dessus de la

famille et de chaque individu; car le tout l'emporte nécessairement

sur la partie, puisque, le tout une fois détruit, il n'y a plus

de partie, plus de pieds, plus de mains, si ce n'est par une pure

analogie de mots, comme on dit une main de pierre; car la main,

séparée du corps, est tout aussi peu une main réelle. Les choses se

définissent en général par les actes qu'elles accomplissent et ceux

qu'elles peuvent accomplir; dès que leur aptitude antérieure vient

à cesser, on ne peut plus dire qu'elles sont les mêmes: elles sont

seulement comprises sous un même nom.

«Ce qui prouve bien la nécessité naturelle de l'État et sa

supériorité sur l'individu, c'est que, si on ne l'admet pas,

l'individu peut alors se suffire à lui-même dans l'isolement du

tout, ainsi que du reste des parties; or, celui qui ne peut vivre

en société, et dont l'indépendance n'a pas de besoins, celui-là ne

saurait jamais être membre de l'État. C'est une brute ou un dieu.

«La nature pousse donc instinctivement tous les hommes à

l'association politique. Le premier qui l'institua rendit un immense

service; car, si l'homme, parvenu à toute sa perfection, est le

premier des animaux, il en est aussi le dernier quand il vit sans

loi et sans justice. Il n'est rien de plus monstrueux, en effet, que

l'injustice armée. Mais l'homme a reçu de la nature les armes de

la sagesse et de la vertu, qu'il doit surtout employer contre ses

passions mauvaises. Sans la vertu, c'est l'être le plus pervers et

le plus féroce; il n'a que les emportements brutaux de l'amour et de

la faim. La justice est une nécessité sociale car le droit est la

règle de l'association politique, et la dérision du juste est ce qui

constitue le droit.»

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 25 / 145 题