«Tout État est une association, dit-il en commençant, et, comme les
hommes ne s'associent qu'en vue de quelque bien, il est donc évident
que le plus important de tous les biens doit être l'objet de la plus
capitale des associations. Et celle-là, on l'appelle précisément
État, ou association politique.»
Du premier mot voilà la vérité qui apparaît dans tout son jour.
Qu'est-ce, à côté de cette sublime réalité, que les sophismes
antiques et modernes de Platon ou de J.-J. Rousseau argumentant
contre l'éternelle sagesse, et plaçant l'homme sauvage au-dessus de
l'homme civilisé? Comment tout homme doué de raisonnement n'a-t-il
pas conclu, au premier coup d'oeil, qu'il n'y a rien au-dessus de ces
deux pouvoirs, inégaux dans leur origine, égaux dans leurs effets,
qu'on appelle commandement et obéissance, et que le phénomène qui
en résulte, le gouvernement politique, est le chef-d'oeuvre de
l'humanité? Sans gouvernement point de peuple, sans gouvernement
point de volonté, sans volonté point d'action! Le néant partout!
L'anarchie est la constitution de la mort! Un gouvernement est
donc le premier cri et le dernier cri de l'homme! Malheur à qui ne
le voit pas! Le plus grand titre d'Aristote est de l'avoir senti.
C'est une gloire pour un homme quelconque de l'avoir conclu, et
d'avoir sacrifié, soit comme soldat, soit comme magistrat, soit
comme philosophe, une partie de lui-même à cette nécessité de tous
ses semblables! Si les sophismes de Platon ou de Rousseau pouvaient
être adoptés par la majorité des mortels, la terre entière ne serait
pas assez grande pour emprisonner l'humanité folle dans un _Bedlam_
universel! Quand l'homme le plus criminel paraîtra après sa mort au
jugement de son créateur, et que Dieu l'interrogera sur ses doctrines
politiques, s'il peut lui répondre: «J'ai fait tous les crimes, mais
j'ai contribué à préserver le gouvernement en me sacrifiant,» Dieu
pourra lui pardonner, car ce criminel n'aura pas péché contre le
Saint-Esprit!