Mais pendant qu'Athènes s'insurgeait ainsi à cause du philosophe
de Stagire, l'armée d'Alexandre, irritée contre son prisonnier
Callisthène, le fouettait et le laissait mourir en chemin, en
punition des conspirations qu'il avait ou semées ou nourries dans les
derniers temps de la campagne d'Alexandre contre son chef, devenu
dieu par sa mort.
Ainsi, soit que le peuple d'Athènes l'emportât, soit que l'armée
en retraite passât l'Hellespont et rentrât à Athènes, Aristote se
trouvait également compromis. Il ne lui restait d'autre parti à
prendre que la fuite. Il y a des moments, en révolution, où l'on a
également à redouter ses amis et ses ennemis. Trop indulgent pour
la tyrannie nécessaire aux yeux des uns, trop ennemi des tyrans aux
yeux des autres, on n'a plus qu'à périr ou par ses premiers amis ou
par ses récents ennemis. Tel devait être le destin du plus modéré des
hommes, Aristote.