Il y avait en Grèce un nombreux parti populaire et soi-disant
politique, que la mort soudaine d'Alexandre avait exalté, que le
retour de l'armée grecque à travers l'Asie Mineure, appelée la
retraite des _dix mille_, animait contre la mémoire du héros. Ces
sentiments grecs amenaient une réaction ingrate et acharnée parmi le
peuple athénien, le plus léger et le plus mobile de tous les peuples.
C'est le moment que choisirent les ennemis naturels d'Alexandre pour
s'élever contre sa mémoire et pour tourner contre lui des rancunes
et des reproches égaux au moins à l'immensité de sa gloire. Cette
colère du bas peuple retomba sur les partisans du héros et s'attaqua
surtout à son précepteur Aristote. On lui imputa tous les crimes et
tous les revers de son élève, devenu le tyran de la Grèce. Le parti
des hiérophantes, qui accusait Aristote de chercher la foi dans la
raison pieuse, se souvint que cette même accusation avait fait mourir
Socrate. Il entreprit de la renouveler contre le disciple de Socrate
et de Platon, et intenta contre Aristote une accusation insensée au
sujet d'un hymne que ce philosophe, quelquefois poëte, avait adressé
peu de temps avant à Phormias, un de ses amis, qui était alors
gouverneur sous Alexandre d'une ville de Macédoine. Il l'accusait
d'avoir employé dans son hymne des expressions telles qu'on ne devait
les adresser qu'aux dieux. Cette inculpation puérile servit de
prétexte à toutes les malveillances de la populace.