XII.

Il y avait en Grèce un nombreux parti populaire et soi-disant

politique, que la mort soudaine d'Alexandre avait exalté, que le

retour de l'armée grecque à travers l'Asie Mineure, appelée la

retraite des _dix mille_, animait contre la mémoire du héros. Ces

sentiments grecs amenaient une réaction ingrate et acharnée parmi le

peuple athénien, le plus léger et le plus mobile de tous les peuples.

C'est le moment que choisirent les ennemis naturels d'Alexandre pour

s'élever contre sa mémoire et pour tourner contre lui des rancunes

et des reproches égaux au moins à l'immensité de sa gloire. Cette

colère du bas peuple retomba sur les partisans du héros et s'attaqua

surtout à son précepteur Aristote. On lui imputa tous les crimes et

tous les revers de son élève, devenu le tyran de la Grèce. Le parti

des hiérophantes, qui accusait Aristote de chercher la foi dans la

raison pieuse, se souvint que cette même accusation avait fait mourir

Socrate. Il entreprit de la renouveler contre le disciple de Socrate

et de Platon, et intenta contre Aristote une accusation insensée au

sujet d'un hymne que ce philosophe, quelquefois poëte, avait adressé

peu de temps avant à Phormias, un de ses amis, qui était alors

gouverneur sous Alexandre d'une ville de Macédoine. Il l'accusait

d'avoir employé dans son hymne des expressions telles qu'on ne devait

les adresser qu'aux dieux. Cette inculpation puérile servit de

prétexte à toutes les malveillances de la populace.

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 19 / 145 题