XIV.

Il quitta Athènes nuitamment, et il se retira dans l'île d'Eubée, à

Chalcis, avec sa femme et sa fille. Mais, trop près d'Athènes pour

échapper à la persécution des Athéniens, trop voisin de la Macédoine

pour éviter la vengeance des ennemis de son neveu Callisthène, il

reçut, selon les uns, la ciguë de Socrate; selon d'autres, il la

devança en la buvant de lui-même, dans la soixante et onzième année

de sa vie. Tous assurent qu'il mourut d'une mort violente, forcée

ou volontaire: triste récompense pour un homme qui avait toujours

cherché à tenir son destin et son âme en équilibre et comme dans un

juste milieu, entre l'espérance et le désespoir.

Quoi qu'il en soit, il ne mourut pas sans avoir laissé à sa femme et

à son fils une fortune dérobée à ses ennemis. Cette fortune, venue

de son père, n'était ni trop modique ni trop considérable. Elle

leur laissa un témoignage de sa vie, qui leur assurait leur propre

existence.

Telle est l'histoire d'Aristote, sans autre événement que sa mort.

Avec lui ne mourut pas un homme, mais une doctrine, qui ne disparut

un moment que pour faire explosion dans le monde, lorsque plus tard

Sylla vint s'emparer d'Athènes, et qu'ayant retrouvé les innombrables

manuscrits d'Aristote, il les remit à des collecteurs de dépouilles

opimes pour les transporter à Rome et en remplir, jusqu'à nos jours,

l'univers.

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 21 / 145 题