Pendant ces événements domestiques Aristote succéda à Platon, et,
au lieu de suivre la route des chimères, professa à Athènes la
raison des choses et les réalités de la vie. Socrate avait ouvert
le ciel; Aristote, sans méconnaître le ciel, et en plaçant toujours
Dieu et la providence au-dessus des phénomènes terrestres, professa
la spiritualité de l'âme comme suprême espérance de tout. Cet
enseignement dura environ quinze ans; il fut suivi par une foule
de jeunes Athéniens; il fit à Aristote la plus solide et la plus
éclatante renommée après celle de Pythagore. Il continua, pendant
la guerre d'Alexandre en Syrie, en Égypte et en Perse, à recevoir
de lui des lettres et à lui répondre. L'éducation de ce plus grand
des hommes avait été l'heureux chef-d'oeuvre de sa vie. Alexandre
avait emmené avec lui dans ses campagnes le philosophe Callisthène,
neveu d'Aristote. Il contribua puissamment à enrichir les sciences
naturelles, dont son maître, alors en Perse, lui envoyait les plus
beaux modèles vivants ou morts pour être étudiés, ou décrits, ou
disséqués, dans son _Histoire des animaux_. Qu'on se figure Napoléon,
dans ses campagnes d'Allemagne, d'Espagne, de Russie, fournissant à
Cuvier, avec lequel il aurait été en correspondance, les dépouilles
de ces provinces et les éléments de ses recherches anatomiques: tel
était Alexandre, en rapport journalier avec son ancien précepteur.