VI.

À l'âge de dix-sept ans Aristote quitta la Macédoine pour venir

à Athènes, capitale alors du génie humain, étudier sous les plus

grands maîtres en tous genres de vertus, de sciences et d'arts,

non-seulement la médecine, qu'il cultiva toujours comme Hippocrate,

mais la philosophie sous Socrate, la poésie sous les commentateurs

d'Homère, la métaphysique sous Platon, l'éloquence sous Démosthène,

la politique sous Périclès, l'architecture et la sculpture sous

Phidias, le drame sous Sophocle, Eschyle et même Euripide, toute la

civilisation enfin sous le peuple athénien. C'était certainement, en

effet, le plus étonnant spectacle que la Providence ait jamais offert

aux hommes sur un point presque imperceptible du globe, que d'avoir

non pas donné à un petit peuple une telle réunion de vertus, de

talents et de génies dans ces grands hommes, mais que d'avoir donné à

ces grands hommes, dans Athènes, quatre cents ans avant Jésus-Christ,

un peuple capable de les discuter et de les admirer. Reverra-t-on

jamais une telle époque, où tant de génies concentrés dans une petite

ville étaient le premier miracle, et où un peuple plus miraculeux

était digne de les voir, de les entendre et de les admirer, lors même

que ses passions civiques et religieuses pouvaient de temps en temps,

témoin Socrate, témoin Démosthène, témoin Aristote lui-même, les

forcer à accepter ou à se préparer la ciguë?

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 13 / 145 题