Aristote naquit, en 350, à Stagire, petite ville de la Macédoine.
Le père d'Aristote était un médecin. Ce médecin était si honoré que
le roi de Macédoine, Philippe, père du grand Alexandre, l'appela à
sa cour et lui confia sa santé. On sait que la Macédoine, à cette
époque, était une espèce de Grèce monarchique, tantôt alliée, tantôt
ennemie du Péloponnèse. Le caractère belliqueux de ses habitants
et l'unité du pouvoir héréditaire concentré dans la main d'un roi
guerrier la rendait tantôt secourable, tantôt redoutable à la Grèce
républicaine.
Philippe était digne par son génie et par son caractère d'être le
père d'Alexandre. Il élevait en lui un oppresseur des Grecs et un
conquérant des Perses. Le père d'Aristote était son ami autant que
son médecin. Il acquit une fortune honorable dans cette intimité,
comme on peut le conclure de son testament qui laissa son fils,
Aristote, dans les meilleures conditions pour un philosophe, absorbé
dans les études universelles, libre, aisé et désintéressé de tout,
excepté du progrès de l'esprit humain en tous genres. On a dit et
écrit que Philippe, à la naissance de son fils Alexandre, adressa
à Aristote une lettre où il se réjouissait _non pas tant d'avoir
un fils, mais que ce fils fût né à une époque où il pouvait lui
donner pour précepteur Aristote_. Cette lettre est possible, mais
peu vraisemblable. La chronologie en fait douter. Alexandre, dans
sa première enfance, réclamait alors les soins des femmes sous sa
mère Olympias, et non le lait encore lointain d'un sage instituteur.
Il est plus probable que Philippe écrivit, longtemps après, quelque
chose d'analogue au fils de son médecin. Il était digne d'avoir écrit
cette lettre, comme Aristote était digne de l'avoir reçue.