Arrivée à Beni-Ounif

La Zousfana, un pont de fer peint en gris, très laid et très dépaysé

dans le décor d’alfa, de roseaux et de lauriers-roses.

L’oued roule une eau trouble et rougeâtre sur des galets blancs, avec,

au milieu du courant, le mince filet pur de quelque source voisine.

La Zousfana qui, avec son confluent, venant de l’Ouest, le Guir, forme à

Igli l’oued Saoura, ne se dessèche jamais. Ses bords verdissent en plein

été, autour du petit bordj gardé par des tirailleurs, et des masures qui

servent de gare.

L’air est ici humide et chaud, avec une buée blanche qui voile les

lointains.

Après, voici, à gauche, la grande plaine de Djenan-ed-Dar: un horizon

rouge, net, avec, très loin, la silhouette du Djebel-Sidi-Moumène,

terrasse carrée, géométrique, qui se dresse vers le Sud. Nous entrons

dans la vallée pulvérulente de Beni-Ounif, formée de collines arides,

qui s’écartent, vers l’Ouest, sur un horizon incandescent.

Qu’il est dissemblable, ce pays de poussière et de pierre, des régions

aimées du Sud-Est, du grand Erg immaculé, des dunes pures et irisées du

Souf, et des chotts immenses, et des palmeraies mystérieuses de

l’Oued-Rir’h salé!

... A droite, c’est Figuig, dans son cirque de hautes montagnes aux

lignes harmonieuses... Nous ne voyons toujours que les palmeraies: sur

un fond neutre, d’une couleur indéfinissable mais ardente, le mouchetage

noir des dattiers.

... Enfin, voici Beni-Ounif, la petite gare, avec la poignante

mélancolie des rails qui s’arrêtent brusquement en face de l’immensité.

Vers la droite, la redoute basse, toute blanche, délabrée.

Et au delà, en face de la puissante coulée verte, du col de Zenaga, aux

lignes sobres et nettes d’un violet profond, encadrant l’envahissement

des palmiers, c’est, sur une pente douce, le vieux ksar de Beni-Ounif,

amas charmant de ruines en or pâle, en chamois ardent dans le velours

sombre de la palmeraie.

Notes de route · 第 17 / 68 题