Ainsi, par un bonheur bien rare, les fautes mêmes de la reine Marguerite
de Navarre ont fini par contribuer à sa gloire. Elle eut ce grand
mérite, étant la fille d'une reine sanguinaire et tenant de si près au
roi Charles IX, d'être bonne et clémente. Elle haïssait d'instinct tous
ces crimes d'État qu'elle avait entrevus dans ces ombres et dans ces
fêtes sanglantes. Plus d'une fois, ce grand roi Henri, comme il était au
comble des prospérités et de la gloire, heureux partout, moins heureux
dans son ménage, alla frapper à la porte de sa première épouse, en
la priant de le ramener aux premières journées pleines d'aurore et
d'espérance. Ah! c'était là le bon temps [1]; ils étaient pauvres, ils
étaient en butte aux soupçons d'un roi jaloux, d'une reine impérieuse et
d'une mère implacable. Ils avaient assisté, dans une nuit d'épouvante,
au massacre de tous leurs amis, A grand'peine ils s'étaient enfuis de ce
Louvre dont on leur faisait une prison, ils avaient mené la vie errante,
à travers mille dangers... Tels étaient leurs discours à chaque
rencontre, et toujours ils finissaient par se dire: «Ah! c'était le bon
temps.»
[Note 1: Le lecteur ne pourra guère s'empêcher de trouver singulière
cette qualification appliquée à une telle époque. Si Henri pouvait
avec quelque raison regretter sa première épouse, il était difficile
néanmoins de trouver bon le temps que les horreurs de la guerre civile,
sous les derniers Valois, ont si terriblement «gâté».]