VII

Lorsqu'en 1610 la reine Marie de Médicis sollicita les honneurs du

sacre, le roi Henri IV s'en vint chez Marguerite, et par tant de prières

et de bonnes paroles il obtint de la femme divorcée qu'elle assisterait

au sacre de la reine. Elle fit d'abord une certaine résistance, et

bientôt, si vive était sa croyance en sa propre beauté, elle accueillit

l'invitation du roi son maître par un sourire, et l'on vit (des

vieillards de cent ans l'ont raconté plus tard au cardinal de Richelieu)

la foule, attentive à ces grandes cérémonies d'un couronnement et d'un

sacre, oublier la reine régnante pour la reine disgraciée. Ce fut dans

l'antique métropole de Saint-Denis que s'accomplit l'auguste cérémonie.

On y vit toute la cour dans son plus magnifique appareil. Le cardinal

de Joyeuse eut l'honneur de poser la couronne de France sur la tête de

cette future grand'mère de Louis XIV. La reine avait Monseigneur le

Dauphin à sa droite, et Madame, fille du roi, à sa gauche. La traîne

de la robe royale était portée par la princesse de Montpensier, la

princesse de Condé, la princesse de Conti, le duc de Vendôme tenant le

sceptre, et le chevalier de Vendôme la main de justice. Le roi, dans une

tribune, assistait à cette fête... Tous les regards se portèrent,

au même instant, sur la reine divorcée. On eût dit qu'elle était la

couronnée. Elle portait l'éventail comme un sceptre, et quand elle

traversa cette illustre basilique de Saint-Denis, le peuple entier

s'inclina devant cette ombre éclatante et sereine de la maison de

Valois.

Le lendemain, le 14 mai 1610, Henri le Grand, le seul roi dont le peuple

ait gardé la mémoire, tombait sous le couteau de Ravaillac! Le monde

entier pleura ce grand homme. Au milieu de l'universelle désolation se

distingua la reine Marguerite par sa profonde et sincère douleur. La

reine sacrée et légitime, Marie de Médicis elle-même, a versé des larmes

moins sincères sur le trépas de ce héros, dont elle n'était pas digne.

Elle se consola beaucoup plus vite que la _petite reine_. Enfin, cinq

ans après la mort du roi, la désolée et repentante Marguerite de Navarre

(elles finissent toutes par une mort chrétienne) rendait son âme à Dieu,

le 27 mars 1615. A l'âge de soixante-trois ans qu'elle pouvait avoir,

elle avait gardé ce beau visage, où toutes les majestés de la vie

humaine et tous les bonheurs de la jeunesse, unis au bel esprit,

avaient laissé leur douce et sérieuse empreinte. Elle fut enterrée à

Saint-Denis, dans le tombeau des rois.

Contes, Nouvelles et Recits · 第 24 / 34 题