Qui est-ce qui se pressoit autour du Christ pour entendre sa parole? Le
peuple.
Qui est-ce qui le suivoit dans la montagne et les lieux déserts pour
écouter ses enseignements? Le peuple.
Qui vouloit le choisir pour roi? Le peuple.
Qui étendoit ses vêtements et jetoit devant lui des palmes en criant
Hôsannah, lors de son entrée à Jérusalem? Le peuple.
Qui est-ce qui se scandalisoit à cause des malades qu’il guérissoit le
jour du sabbat? Les scribes et les pharisiens.
Qui l’interrogeoit insidieusement et lui tendoit des piéges pour le
perdre? Les scribes et les pharisiens.
Qui disoit de lui: Il est possédé? Qui l’appeloit un homme de bonne
chère et aimant le plaisir? Les scribes et les pharisiens.
Qui le traitoit de séditieux et de blasphémateur? qui se ligua pour le
faire mourir? qui le crucifia sur le Calvaire entre deux voleurs?
Les scribes et les pharisiens, les docteurs de la loi, le roi Hérode et
ses courtisans, le gouverneur romain et les princes des prêtres.
Leur astuce hypocrite trompa le peuple même. Ils le poussèrent à
demander la mort de celui qui l’avoit nourri dans le désert avec sept
pains, qui rendoit aux infirmes la santé, la vue aux aveugles, l’ouïe
aux sourds, et aux perclus l’usage de leurs membres.
Mais Jésus, voyant qu’on avoit séduit ce peuple comme le serpent
séduisit la femme, pria son Père, disant: Mon Père, pardonnez-leur, car
ils ne savent pas ce qu’ils font.
Et cependant, depuis dix-huit siècles, le Père ne leur a pas encore
pardonné, et ils traînent leur supplice par toute la terre, et par toute
la terre l’esclave est contraint de se baisser pour les voir.
La miséricorde du Christ est sans exclusion. Il est venu dans ce monde
pour sauver, non pas quelques hommes, mais tous les hommes; il a eu pour
chacun d’eux une goutte de sang.
Mais les petits, les foibles, les humbles, les pauvres, tous ceux qui
souffroient, il les aimaoit d’un amour de prédilection.
Son cœur battoit sur le cœur du peuple, et le cœur du peuple battoit sur
son Cœur.
Et c’est là, sur le cœur du Christ, que les peuples malades se raniment,
et que les peuples opprimés reçoivent la force de s’affranchir.
Malheur à ceux qui s’éloignent de lui, qui le renient! leur misère est
irrémédiable, et leur servitude éternelle.