XIX

Ne vous laissez pas tromper par de vaines paroles. Plusieurs chercheront

à vous persuader que vous êtes vraiment libres, parce qu’ils auront

écrit sur une feuille de papier le mot de liberté, et l’auront affiché à

tous les carrefours.

La liberté n’est pas un placard qu’on lit au coin de la rue. Elle est

une puissance vivante qu’on sent en soi, et autour de soi, le génie

protecteur du foyer domestique, la garantie des droits sociaux, et le

premier de ces droits.

L’oppresseur qui se couvre de son nom est le pire des oppresseurs. Il

joint le mensonge à la tyrannie, et à l’injustice la profanation; car le

nom de la liberté est saint.

Gardez-vous donc de ceux qui disent: Liberté, Liberté, et qui la

détruisent par leurs œuvres.

Est-ce vous qui choisissez ceux qui vous gouvernent, qui vous commandent

de faire ceci et de ne pas faire cela, qui imposent vos biens, votre

industrie, votre travail? Et si ce n’est pas vous, comment êtes-vous

libres?

Pouvez-vous disposer de vos enfants comme vous l’entendez, confier à qui

vous plaît le soin de les instruire et de former leurs mœurs? Et si vous

ne le pouvez pas, comment êtes-vous libres?

Les oiseaux du ciel et les insectes même s’assemblent pour faire en

commun ce qu’aucun d’eux ne pourroit faire seul. Pouvez-vous vous

assembler pour traiter ensemble de vos intérêts, pour défendre vos

droits, pour obtenir quelque soulagement à vos maux? Et si vous ne le

pouvez pas, comment êtes-vous libres?

Pouvez-vous aller d’un lieu à un autre si on ne vous le permet, user des

fruits de la terre et des productions de votre travail, tremper votre

doigt dans l’eau de la mer et en laisser tomber une goutte dans le

pauvre vase de terre où cuisent vos aliments, sans vous exposer à payer

l’amende et à être traînés en prison? Et si vous ne le pouvez pas,

comment êtes-vous libres?

Pouvez-vous, en vous couchant le soir, vous répondre qu’on ne viendra

point, durant votre sommeil, fouiller les lieux les plus secrets de

votre maison, vous arracher du sein de votre famille et vous jeter au

fond d’un cachot, parce que le pouvoir, dans sa peur, se sera défié de

vous? Et si vous ne le pouvez pas, comment êtes-vous libres?

La liberté luira sur vous, quand, à force de courage et de persévérance,

vous vous serez affranchis de toutes ces servitudes.

La liberté luira sur vous, quand vous aurez dit au fond de votre âme:

Nous voulons être libres; quand, pour le devenir, vous serez prêts à

sacrifier tout et à tout souffrir.

La liberté luira sur vous, lorsqu’au pied de la croix sur laquelle le

Christ mourut pour vous, vous aurez juré de mourir les uns pour les

autres.

Paroles d'un croyant, 1833 · 第 17 / 40 题