XVIII

Vous n’avez qu’un père, qui est Dieu, et qu’un maître, qui est le

Christ.

Quand donc on vous dira de ceux qui possèdent sur la terre une grande

puissance: Voilà vos maîtres, ne le croyez point. S’ils sont justes, ce

sont vos serviteurs; s’ils ne le sont pas, ce sont vos tyrans.

Tous naissent égaux: nul, en venant au monde, n’apporte avec lui le

droit de commander.

J’ai vu dans un berceau un enfant criant et bavant, et autour de lui

étoient des vieillards qui lui disoient, _Seigneur_, et qui,

s’agenouillant, l’adoroient. Et j’ai compris toute la misère de l’homme.

C’est le péché qui a fait les princes; parce qu’au lieu de s’aimer et de

s’aider comme des frères, les hommes ont commencé à se nuire les uns aux

autres.

Alors parmi eux ils en choisirent un ou plusieurs, qu’ils croyoient les

plus justes, afin de protéger les bons contre les méchants, et que le

foible pût vivre en paix.

Et le pouvoir qu’ils exerçoient étoit un pouvoir légitime, car c’étoit

le pouvoir de Dieu qui veut que la justice règne, et le pouvoir du

peuple qui les avoit élus.

Et c’est pourquoi chacun étoit tenu en conscience de leur obéir.

Mais il s’en trouva aussi bientôt qui voulurent régner par eux-mêmes,

comme s’ils eussent été d’une nature plus élevée que celle de leurs

frères.

Et le pouvoir de ceux-ci n’est pas légitime, car c’est le pouvoir de

Satan, et leur domination est celle de l’orgueil et de la convoitise.

Et c’est pourquoi, lorsqu’on n’a pas à craindre qu’il en résulte plus de

mal, chacun peut et quelquefois doit en conscience leur résister.

Dans la balance du droit éternel, votre volonté pèse plus que la volonté

des rois: car ce sont les peuples qui font les rois, et les rois sont

faits pour les peuples, et les peuples ne sont pas faits pour les rois.

Le Père céleste n’a point formé les membres de ses enfants pour qu’ils

fussent brisés par des fers, ni leur âme pour qu’elle fût meurtrie par

la servitude.

Il les a unis en famille, et toutes les familles sont sœurs; il les a

unis en nations, et toutes les nations sont sœurs; et quiconque sépare

les familles des familles, les nations des nations, divise ce que Dieu a

uni: il fait l’œuvre de Satan.

Et ce qui unit les familles aux familles, les nations aux nations, c’est

premièrement la loi de Dieu, la loi de justice et de charité, et ensuite

la loi de liberté, qui est aussi la loi de Dieu.

Car sans la liberté quelle union existeroit-il entre les hommes? Ils

seroient unis comme le cheval est uni à celui qui le monte, comme le

fouet du maître à la peau de l’esclave.

Si donc quelqu’un vient et dit: Vous êtes à moi; répondez: Non; nous

sommes à Dieu, qui est notre père, et au Christ, qui est notre seul

maître.

Paroles d'un croyant, 1833 · 第 16 / 40 题