Quand vous avez prié, ne sentez-vous pas votre cœur plus léger, et votre
âme plus contente?
La prière rend l’affliction moins douloureuse, et la joie plus pure:
elle mêle à l’une je ne sais quoi de fortifiant et de doux, et à l’autre
un parfum céleste.
Que faites-vous sur la terre, et n’avez-vous rien à demander à celui qui
vous y a mis?
Vous êtes un voyageur qui cherche la patrie. Ne marchez point la tête
baissée: il faut lever les yeux pour reconnoître sa route.
Votre patrie, c’est le ciel; et quand vous regardez le ciel, est-ce
qu’en vous il ne se remue rien? est-ce que nul désir ne vous presse? ou
ce désir est-il muet?
Il en est qui disent: A quoi bon prier? Dieu est trop au-dessus de nous
pour écouter de si chétives créatures.
Et qui donc a fait ces créatures chétives, qui leur a donné le
sentiment, et la pensée, et la parole, si ce n’est Dieu?
Et s’il a été si bon envers elles, étoit-ce pour les délaisser ensuite
et les repousser loin de lui?
En vérité, je vous le dis, quiconque dit dans son cœur que Dieu méprise
ses œuvres, blasphême Dieu.
Il en est d’autres qui disent: A quoi bon prier? Dieu ne sait-il pas
mieux que nous ce dont nous avons besoin?
Dieu sait mieux que vous ce dont vous avez besoin, et c’est pour cela
qu’il veut que vous le lui demandiez; car Dieu est lui-même votre
premier besoin, et prier Dieu, c’est commencer à posséder Dieu.
Le père connoît les besoins de son fils; faut-il à cause de cela que le
fils n’ait jamais une parole de demande et d’actions de grâces pour son
père?
Quand les animaux souffrent, quand ils craignent, ou quand ils ont faim,
ils poussent des cris plaintifs. Ces cris sont la prière qu’ils
adressent à Dieu, et Dieu l’écoute. L’homme seroit-il donc dans la
création le seul être dont la voix ne dût jamais monter à l’oreille du
Créateur?
Il passe quelquefois sur les campagnes un vent qui dessèche les plantes,
et alors on voit leurs tiges flétries pencher vers la terre; mais,
humectées par la rosée, elles reprennent leur fraîcheur, et relèvent
leur tête languissante.
Il y a toujours des vents brûlants, qui passent sur l’âme de l’homme, et
la dessèchent. La prière est la rosée qui la rafraîchit.