Qu'on n'a pas pu rendre plus clair.
Sydney ajouta bientôt à mes plaisirs celui de me faire connaître les
moyens secrets qui le mettaient à même de savoir tout ce qui se passait
chez ses hôtes. Jadis le seigneur Cléophas-Léandre-Pérez-Zambulo vit de
fort belles choses, à l'aide d'un diable, bon humain, qui le promenait
de toit en toit. Moi, sans diablerie, et sans risquer de me rompre le
cou, je devins maîtresse de pénétrer partout, de tout voir. C'était
vraiment un plaisir de femme. Je tins le plus grand compte à sir Sydney
de la complaisance avec laquelle il me le procurait.
--Je connais, dit-il, les arrangements de tous nos messieurs; chacun
d'eux a la clef du couloir qui conduit invisiblement de chez lui chez la
femme avec laquelle il vit. Si par la suite il est à propos que je
distribue assez de clefs pour que tout soit commun, je le ferai.
Cependant, quand il n'y a ni père, ni mère, ni maris, il n'est pas fort
nécessaire d'user de précautions.
Je lui demandai, en attendant que je prisse la peine de me mettre au
fait par mes yeux, comment chaque homme pouvait ainsi se rendre de son
appartement à ceux de toutes les femmes sans être vu ni rencontré?--Rien
de plus aisé, me répondit-il. De quatre points différents de chaque
antichambre des appartements d'homme, on descend par une machine dans un
entresol aveugle, ménagé entre les deux étages. Alors on suit un
corridor serré, large de deux pieds et demi, sur six de hauteur et
matelassé de toutes parts, qui conduit droit à une machine pareille à
celle par laquelle on est sorti de chez soi. Vous en verrez tout à
l'heure de semblables dans mon entresol, avec lesquelles je monte et
descend facilement et sans bruit. Quand une femme a chez elle l'homme
qui lui convient, elle est à même d'interdire l'entrée à ceux qui
pourraient survenir par les autres routes. De cette façon il est
impossible que rien ne se découvre. En vain une belle serait-elle
enfermée à triple serrure, en vain le galant avec qui elle serait
d'intelligence logerait-il à l'autre extrémité du pavillon, un jaloux ne
pourrait ni les guetter ni les surprendre. On le ferait cocu sans qu'il
pût seulement lui venir un soupçon. Quant à moi, tout m'est connu. J'ai
dans mon entresol des moyens tout semblables à ceux d'en haut, moins
compliqués seulement et dont personne ne peut se douter. Vous allez
juger de l'excellence de ces inventions.
En effet, rien de plus simple. Des portes déguisées cachaient de petits
enfoncements où était pratiquée une machine commode sur laquelle on se
plaçait. Alors, la personne et le siège se trouvant à peu près en
équilibre avec un poids de cent soixante livres qui se mouvait dans
l'épaisseur du mur, on montait et redescendait sans peine à la faveur
d'une corde perpendiculaire et fortement tendue; Sydney n'avait que six
pieds à monter pour voir ce qui se passait chez les femmes, par les
trous des trumeaux dont j'ai parlé. La mécanique de tous ces suspensoirs
était faite avec le plus grand soin. Les panneaux qui servaient d'issue
s'ouvraient et se fermaient à coulisse et étaient de même parfaitement
finis.
Rien n'eût été aussi perfide que ces machines ingénieuses si elles
n'eussent pas eu le plaisir pour unique but. Je me proposais d'en donner
les figures, de même que le plan de toute la maison qui m'appartient
maintenant; mais, outre que mon architecte m'a prié de n'en rien faire,
de peur qu'on ne vînt à contrefaire ce qui lui a coûté tant de peine à
imaginer, j'ai pensé qu'il était inutile de dévoiler ces secrets à des
gens qui pourraient en faire un mauvais usage et pour qui je n'ai pas
intention d'écrire. Les voluptueux qui sont assez riches pour se
procurer ces superfluités recherchées trouveront aisément des artistes
qui rempliront le même objet, peut-être mieux qu'il ne l'est chez moi.
(N'oublions cependant pas que la maison appartient encore à sir Sydney.)