Où l'on retrouve des gens de connaissance.
Cependant je ne m'étais encore arrangée avec aucun des deux quand
monseigneur et son neveu vinrent, tout à coup, nous surprendre. Sa
Grandeur nous avait écrit à l'occasion de notre malheureuse aventure;
depuis notre réponse, nous n'avions plus reçu de ses nouvelles, et nous
étions bien éloignées de le supposer sitôt de retour à Paris. Nous
philosophions assez sérieusement avec Sir Sydney lorsque ces aimables
gens tombèrent pour nous des nues. Quand le laquais les annnonça, nous
lui fîmes répéter deux fois ces noms si connus, que nous ne pouvions
encore nous persuader d'avoir bien entendus.
La présence de l'Anglais obligea monseigneur à paraître moins familier
qu'il n'eût pu se le permettre si nous eussions été seules. D'Aiglemont
suivit son exemple, et l'entrevue se passa le plus décemment du monde.
Ces messieurs eurent bientôt fait connaissance, quand nous eûmes conté
aux derniers venus qu'ils voyaient dans Sydney et Monrose nos
libérateurs, et à ceux-ci que nous sortions de chez Sa Grandeur quand
nous avions eu le malheur d'être attaquées. Monrose fut fort caressé de
l'oncle et du neveu et se tira très bien d'affaire. D'Aiglemont,
toujours prêt à persifler, lui dit qu'il ne pouvait avoir obligé des
personnes plus reconnaissantes et plus faites pour encourager une belle
âme à rendre des services. J'eus un secret dépit de me voir si justement
soupçonnée, et cela m'affermit dans le projet de récompenser le cher
Monrose. Mon air piqué fut, sans doute, remarqué de d'Aiglemont, que je
vis sourire malignement.
Sir Sydney, depuis qu'il vivait avec nous, s'étant conduit de manière à
ne pas laisser à Sylvina l'espérance de le prendre dans ses filets, elle
se rabattit ouvertement sur Monseigneur; je crus lire dans la
physionomie de l'Anglais que cette préférence lui faisait plus de
plaisir que de peine. Le prélat, ayant désormais à redouter la
concurrence de son neveu, n'espérait apparemment plus de continuer à
m'intéresser. Il se trouvait flatté de l'emporter sur Sydney, qui
paraissait très aimable. Quant à d'Aiglemont, bien sûr de ne pas manquer
de femmes, il se souciait peut-être assez peu d'être bien ou mal traité
de ma part, et je ne m'aperçus pas qu'il fît de grands efforts pour me
témoigner le désir d'être encore ensemble sur le même pied qu'en
province. Cette indifférence ajoutait à mes griefs; et tout cela ne
laissait pas d'avancer beaucoup les affaires du charmant Monrose.