Qui frappait, et des belles choses que je vis.
C'était Thérèse, fort effrayée. Elle nous dit en entrant: «Tout est
perdu, mademoiselle, si quelqu'un ne retrouve un peu de raison et de bon
sens dans ce moment critique et ne prévient le malheur dont nous sommes
menacés. Une foule de gens amassés devant la maison depuis plusieurs
heures prétendent devoir prendre connaissance de ce qui se passe et
parlent d'enfoncer les portes. Il est vrai qu'il se fait du haut en bas
un tintamarre affreux. On a entendu des cris chez Mme Dupré. C'est cet
enragé de M. d'Aiglemont qui s'est fourré chez elle: Dieu sait ce qu'il
y fait. On était collé aux barreaux. Les uns prétendent que la pauvre
dame a été maltraitée, d'autres ricanent et présument qu'au contraire
elle a très bien passé son temps: même tapage en haut. Ce gros cochon de
Fiorelli (je demande pardon à monsieur) jure comme un diable après une
de ses filles, qui se refuse à certains caprices... Près de là, l'on
entend rire, pleurer, crier, ronfler... On ne sait ce que tout cela veut
dire. Cependant nous sommes fort embarrassés. Les domestiques n'osent
rien prendre sur eux; les maîtres ne paraissent point. Il n'y a pas
moyen d'éveiller M. Lambert à cause des sottises que M. le chevalier
fait à sa bonne amie. Ce serait bien pis s'il y allait avoir guerre en
dedans. Rentrez donc, mademoiselle, au nom de Dieu; paraissez dans le
salon; engagez ces messieurs à faire plus d'attention à ce qui se passe
au dehors, et faites sentir à monseigneur de quelle conséquence il est
pour lui-même de n'être point vu dans cette maison, si la multitude qui
l'afflige avait l'audace de s'y introduire violemment.»
Ce rapport nous alarma beaucoup: Géronimo, qui ne ressemblait à Mars que
dans les bras de Vénus, pâlissait et demeurait dans l'inaction. Plus
brave, j'allai préparer les moyens de nous défendre. De retour au salon,
j'y trouvai monseigneur, suant à grosses gouttes et luttant
vigoureusement avec Argentine, qui se défendait de même, non moins
échauffée, et les cheveux épars. De l'or répandu sur le parquet
témoignait que le prélat avait essayé d'acheter ce qu'il n'avait pu
obtenir ni de bonne amitié, ni par force. Ma présence délivra la
délicate Argentine, qui vint aussitôt se jeter dans mes bras. L'ottomane
était occupée par la lubrique signora, qui y remplaçait la non moins
lubrique Sylvina. Ces dames ayant troqué d'officier, la dernière s'était
retirée tout uniment, avec son nouveau cavalier dans sa chambre à
coucher.
L'Italienne dormait, un pied à terre, l'autre sur le siège du meuble;
son complaisant, cul nu sur le parquet, dormait aussi, coiffé des jupes
et ayant une cuisse de la dame pour oreiller. Une porte ouverte laissait
voir à découvert l'autre couple ronflant dans la posture où le plaisir
l'avait laissé. Plus loin, le père Fiorelli, rappelant ce fameux
Sodomiste échappé au désastre de sa patrie par une faveur particulière
d'en haut, bien due sans doute à ses rares vertus, martyrisait la pauvre
Camille, pour l'obliger à rendre quelque service à certain membre usé
qu'il étalait, et dont il espérait la résurrection, brûlant d'imiter en
tous points l'antique patriarche à qui nous venons de le comparer. Le
bouffon, de même en rut, en plus bel état que Fiorelli, et plus civil,
était humblement aux pieds d'un valet et recevait sans se fâcher de
bonnes taloches qu'il s'attirait par ses déclarations passionnées et les
efforts indécents dont il hasardait de les accompagner.