Sacrifice.--Explication.--Plaisirs.
Je fus éveillée le plus agréablement du monde. Une voix qui me fit
tressaillir de plaisir me disait sur la bouche: _Vous dormez, belle
Félicia?_ Des mains angéliques pressaient avec amour deux demi-globes
naissants... En un mot, c'était l'aimable chevalier qui, sortant de chez
ma tante, venait savoir où il en était encore avec moi. J'eus beau
m'armer d'indifférence, elle ne tint point contre le charme de ses
caresses; elles auraient triomphé du ressentiment le plus réel. J'étais
bien éloignée d'en avoir contre cet aimable inconstant, qui ne l'était,
en effet, devenu que par une fatale nécessité.--Que venez-vous chercher
ici? lui dis-je pourtant, ne voulant pas lui paraître assez résignée à
son arrangement avec Sylvina, pour qu'il se crût dispensé de m'être fort
attaché. «Venez-vous me raconter vos plaisirs et vous féliciter d'en
avoir eu dans l'autre appartement de moins pénibles que ceux de la nuit
dernière?--Cher amour, me répondit-il, touché jusqu'aux larmes, peux-tu
m'accabler aussi cruellement, quand j'ai besoin, au contraire, que tu
daignes me consoler? A quels plaisirs penses-tu que je puisse être
sensible quand, devenu par toi le plus heureux des hommes, je vois
troubler sitôt ma félicité? Crois-tu que toute autre femme que Sylvina
eût pu disposer d'un amant que tu venais d'agréer, qui ne vit que pour
toi, qui met tout son honneur à conserver tes précieux sentiments? ma
Félicia! sois plus juste. Ne vois dans mon innocente infidélité qu'un
sacrifice pénible, mais indispensable, dans la vue d'assurer ton repos
et de me ménager, dans cette maison, un accès, qu'autrement je ne
pouvais manquer de perdre.» Ensuite, il me conta qu'aussitôt que son
oncle s'était retiré, Sylvina lui avait fait, sans façon, l'aveu de sa
passion la plus vive; qu'en conséquence, il n'y avait pas eu moyen
d'éviter de passer la nuit avec elle. Qu'à la vérité, par la fraîcheur
de ses caresses, elle mériterait un retour sincère de quiconque n'aurait
pas de l'amour pour Félicia; mais que sans les ressources infinies de
son heureux âge et l'essor de sa voluptueuse imagination si fraîchement
frappée des délices de ma jouissance, il aurait couru de grands risques
avec une femme qui s'attendait à des prodiges. Que cependant il avait eu
le bonheur de tenir un milieu difficile entre la honte de mal faire et
le danger de faire trop bien. Qu'en un mot, il s'était beaucoup ménagé,
tant pour pouvoir prendre sa revanche avec moi que pour ne pas
accoutumer une femme, qui paraissait très exigeante, à une certaine
tenue de complaisances qu'il ne se sentait en état d'avoir que pour moi
seule. Tout cela était fort honnête et sans doute vrai; d'avance, mon
amour avait justifié mon aimable infidèle. Je fus transportée de voir
que je lui étais toujours aussi chère. Je répondis à ses tendres
caresses avec une vivacité qui dissipa toutes ses alarmes. Je me hâtai
de lui faire place à mes côtés, et bientôt, épuisant dans mes bras ce
dont il avait frustré sa nouvelle conquête, il me fit passer par tous
les degrés imaginables du plaisir. Nous nous séparâmes accablés d'une
fatigue délicieuse, après nous être promis mutuellement de mettre à
profit les moindres moments pour nous livrer à de ravissantes folies
dont je connaissais désormais tout le prix.