Ce jeu est un de ceux qui plaisaient à nos aïeux, et il a un air de
bonhomie et de simplicité qui doit nous toucher. Le mot _corbillon_, qui
signifiait une petite corbeille, n'est plus d'usage dans la langue
moderne; mais il peut faire supposer que dans l'origine les joueurs se
passaient le corbillon de main en main. A présent, on prend n'importe
quel objet, et on le donne à son voisin en disant: _Je vous vends mon
corbillon_. Le voisin demande: _Qu'y met-on?_ On doit répondre en rimant
en _on_ par un mot qu'il faut tenir tout prêt, comme _un bonbon_, _une
chanson_, etc., puis le corbillon passe à un autre jusqu'à ce qu'il ait
fait le tour du cercle. Si on préfère une rime en _ette_, on peut dire:
_Je vous vends ma cassette_, demander _Que voulez-vous qu'on y mette?_
répondre un mot comme _une allumette_, _une pincette_, etc.; mais c'est
une variété qui ajoute peu d'intérêt à ce jeu. On donne un gage si on
oublie la rime, ce qui nous paraît assez difficile, et cette méprise
serait assurément l'excès de la naïveté, comme dans ces vers si connus
de Molière:
[Illustration: Pigeon vole.]
.... S'il faut qu'avec elle on joue au corbillon,
Et qu'on vienne à son tour lui dire: «Qu'y met-on?»
Je veux qu'elle réponde: «Une tarte à la crème.»