Dans mon jardin il y a un vieux noyer presque mort qui fait peur aux
petits oiseaux. Seul un oiseau noir habite ses dernières feuilles.
Mais le reste du jardin est plein de jeunes arbres fleuris où nichent
des oiseaux gais, vifs et de toutes les couleurs.
Et il semble que ces jeunes arbres se moquent du vieux noyer. A chaque
instant, ils lui lancent, comme des paroles taquines, une volée
d'oiseaux babillards.
Tour à tour, pierrots, martins, mésanges et pinsons le harcèlent. Ils
choquent de l'aile la pointe de ses branches. L'air crépite de leurs
cris menus; puis ils se sauvent, et c'est une autre bande importune qui
part des jeunes arbres.
Tant qu'elle peut, elle nargue, piaille, siffle et s'égosille.
Ainsi de l'aube au crépuscule, comme des mots railleurs, pinsons,
mésanges, martins et pierrots s'échappent des jeunes arbres vers le
vieux noyer.
Mais parfois il s'impatiente, il remue ses dernières feuilles, lâche son
oiseau noir et répond:
--Merle!