Je n'ai jamais vu d'alouette et je me lève inutilement avec l'aurore.
L'alouette n'est pas un oiseau de la terre.
Depuis ce matin, je foule les mottes et les herbes sèches.
Des bandes de moineaux gris ou de chardonnerets peints à vif flottent
sur les haies d'épines.
Le geai passe la revue des arbres dans un costume de préfecture.
Une caille rase des luzernes et trace au cordeau la ligne droite de son
vol.
Derrière le berger qui tricote mieux qu'une femme, les moutons se
suivent et se ressemblent.
Et tout s'imprègne d'une lumière si neuve que le corbeau, qui ne présage
rien de bon, fait sourire.
Mais écoutez comme j'écoute.
Entendez-vous quelque part, là-haut, piler dans une coupe d'or des
morceaux de cristal?
Qui peut me dire où l'alouette chante?
Si je regarde en l'air, le soleil brûle mes yeux.
Il me faut renoncer à la voir.
L'alouette vit au ciel, et c'est le seul oiseau du ciel qui chante
jusqu'à nous.