Selon son habitude, Paul ne fit qu'un court séjour à Montréal, et le
lendemain, ayant terminé ses achats pour le malade et la maison, il
laissa la ville. Armand aurait désiré l'accompagner pour voir son père
malade, mais Paul s'y opposa vivement, sous prétexte qu s'il laissait
ainsi ses études, cela indisposerait et chagrinerait leur père, chose
que sans son état de souffrance actuel il fallait éviter avec soin.
Quelque temps après cette visite, Armand écrivit deux lettes à son
père; pour toute réponse, il ne reçut que quelques lignes, écrites à la
hôte, par lesquelles Paul l'informait que leur père était un peu mieux.
Plus tard il reçut une lettre de Durand lui-même, dans laquelle celui-ci
et la tante Françoise lui donnaient un grand nombre de solennels
avertissements relativement au danger des mauvaises compagnies, des avis
explicites sur la nécessité de profiter du temps, avec de simples
suggestions touchant les dépenses de son entretien à la ville; et à la
demande qu'il avait posée s'il ne ferait pas bien de courir à la campagne
pour quelques jours afin de le voir, on lui disait assez brièvement de
rester là où il était et de profiter de ses avantages actuels.
Armand fut profondément blessé de ce traitement, car en réalité il ne
l'avait pas mérité. Ses lettres chez son père devinrent plus froides,
plus courtes et plus rares, et cela expliqua les épîtres de la famille
qui lui parvenaient en réponse. De temps à autre il recevait de Paul un
bulletin assez amical du reste, qui lui donnait des nouvelles de la
santé de leur père et du changement de caractère que les douleurs
rhumatismales avaient opéré en lui, que de doux et d'humeur égale
qu'était son tempérament il était devenu irascible et impatient; puis il
terminait par quelques petits détails sur la terre ou les animaux.
Notre héros prit la résolution de ne pas s'arrêter, si la chose lui
était possible à ces tristes et douloureux changements. Il continua è
étudier, à sortir lorsqu'il était invité et même quelques fois, mais
très-rarement, il prit part aux bruyantes parties de plaisir organisées
par Lespérance et ses amis, car il ne pouvait pas toujours les refuser,
de crainte de les insulter. Lorsqu'il écrivait à Paul et qu'il était en
disette de sujets, il lui donnait tous ces détails et il lui parlait
franchement, lui racontant même une fois, que Lespérance lui avait
emprunté de l'argent et qu'il n'avait pas d'espoir qu'il le lui remit.
Les lettres de Paul l'encourageaient à faire ces confidences sans
restriction, car il lui disait souvent combien ses lettres amusantes
égayaient leurs longues et mornes veillées et combien lui, Paul, goûtait
les descriptions exactes de la vie de la ville et de ses plaisirs.
Armand, cependant, parlait rarement de Délima Laurin. Il avait conçu
pour la jeune fille un intérêt naissant, provoqué plus par la partialité
évidente qu'elle manifestait envers lui que par sa beauté, et cet
intérêt le poussait à rester muet sur ce sujet dans ses lettres à Paul.
A dire vrai, il avait peu de chose à en écrire: de temps à autre une
veillée tranquille à jouer aux cartes ou aux dames; bien rarement un
tour de carriole avec elle et madame Martel; ou bien, les soirs de
grands froids, une longue conversation autour du grand poële double de
la salle: leur intimité n'allait pas au-delà. Les fréquentes absences de
madame Martel de la chambre,--lesquelles avaient l'air d'être faites à
dessein,--ne lui firent jamais changer le ton de sa voix, soit pour
diversifier ou s'attirer un plus doux regard de la belle jeune fille. Il
n'aurait peut-être pas été aussi indifférent si une autre figure,
capricieuse, fière et charmante, ne s'était pas présentée à son esprit,
l'endurcissant contre toute autre influence.
Le carnaval était bien gai. Comme Durand allait mieux, du moins d'après
ce que Paul écrivait, Armand jouissait sans remords des innocents
plaisirs que lui offrait la société. Il rencontrait quelques fois
mademoiselle de Beauvoir aux plus recherchées de ces soirées, et parfois
il avait le rare privilège de danser avec elle, et elle se montrait
toujours pour lui gracieuse et aimable à l'extrême. Ce qu'il y avait de
singulier, c'est que chacune de ces rencontres avait l'effet de le
rendre des semaines entières tout-à-fait insensible aux charmes de
Délima.
Pendant la dernière semaine des fêtes il éprouva une grande envie
d'aller voir son père, quand bien même on ne désirerait pas sa présence;
en conséquence, le mardi gras, dernier jour du carnaval, il partit pour
Alonville. Il faisait nuit lorsqu'il arriva en vue de la maison
paternelle, et il regarda ardemment dans cette direction, s'attendant à
la trouver brillamment illuminée, car depuis un temps immémorial on y
avait toujours chômé par des fêtes et des réjouissances la venue du
carême, cette saison de jeûnes et de pénitences. Mais une seule lumière
brillait faiblement à la fenêtre du salon. Non découragé cependant, il
avança, croyant qu'il était un peu de bonne heure pour allumer les
lumières,--procédé que par économie on recule autant que possible à la
campagne. Lorsqu'il fut arrivé, il laissa son cheval en soin à un vieux
domestique de la maison tout joyeux et étonné de le voir, et sans autre
avertissement qu'un coup sec frappé à la porte, il entra dans le salon.
L'appartement était loin d'être arrangé pour une fête. Madame Ratelle
était occupée à coudre près d'une petite table sur laquelle brûlait une
chandelle, tandis que Paul Durand était assis dans un grand fauteuil,
une jambe emmaillotées de flanelle et étendue sur un tabouret, la tête
appuyée sur sa main. Il gardait un sombre silence.
La tante Françoise, en apercevant Armand, se leva précipitamment et
courut l'embrasser avec affection, mais son père qui était d'ordinaire
calme et peu démonstratif, l'était encore plus en cette circonstance. De
fait, cette froideur de la part de son père modéra l'impétuosité avec
laquelle je jeune homme s'avançait vers lui, et il en fut si profondément
blessé, que ses manières et sa conversation en reçurent un malaise et
une gêne que le père remarqua de suite et qui, malgré lui, lui
déplurent. La conversation qui suivit fur languissante: on lui exprima
des craintes sarcastiques sur ce qu'il pourrait peut-être trouver sa
promenade à la campagne très-ennuyeuse, lui habitué à la joyeuse vie de
la ville, sur le doute ou il était quant à l'utilité ou à la sagesse de
faire étudier des professions aux jeunes gens qui n'étaient pas
persévérants de caractère.
--Mais père, pourquoi dites-vous cela avec tant de solennité? demanda
vivement Armand. Sur quoi s'appuie-t-on pour m'accuser de manquer de
persévérance?
--Eh! bien, mon fils, cette idée-là m'est peut-être venue à propos des
lettres que tu as envoyées depuis quelque temps à Paul et dont il nous
faisait régulièrement la lecture, répondit-il sèchement.
--Mais, est-ce qu'elles contenaient quelque chose de défendu, quelque
Chose de mal?
--Voici ce qui en est, mon fils. Tes lettres ne parlaient que joie,
fêtes et réjouissances, pendant que tu oubliais ton vieux père qui te
fournit l'argent pour te joindre à toutes ces parties de plaisir, ton
vieux père étendu malade sur un lit, en proie aux douleurs les plus
atroces et au découragement.
Armand se leva à demi mais madame Ratelle qui interprétait bien son air
indigné, intervint pr un signe de tête en lui montrant le membre
entortillé et la fiole de remèdes qui étaient près de lui.
--Paul, mon frère, il ne faut pas que tu sois trop sévère envers notre
garçon. Il est bien difficile pour un jeune homme de vivre dans une
ville comme un ermite.
--Mon père, Paul m'a écrit que vous étiez mieux; et il y a quelques
semaines, lorsque chagrin et inquiet sur votre santé chancelante, j'ai
exprimé le désir de venir vous voir, il m'évrivit sèchement que vous
désiriez que je restasse où j'étais afin de ne point perdre mon temps.
--Je lui ai dit cela une fois, c'est par manque de bon coeur que Paul
t'a écrit que j'étais mieux. Ah! quel estimable fils! il sera mon bâton
de vieillesse! Que serais-je devenu, que seraient devenus la terre et
tous nous autres si lui aussi, s'était mis à étudier le Droit ou la
médecine! Mon fils est un franc travailleur; industrieux, il se lève de
bonne heure et se couche tard; à l'ouvrage depuis le matin jusqu'au
soir, il ne va jamais en parties de plaisir, ni en soupers d'huîtres, et
il n'a jamais besoin de gants de kid blancs.
A mesure que son père parlait sur ce ton, Armand rougissait de plus en
plus, et en dépit des regards suppliants de la tante Françoise, il était
sur le point de répliquer lorsque Paul entra. Cependant, malgré cette
diversion, les choses n'en allèrent pas mieux. Les doux efforts de la
tante Françoise et l'excellent souper qu'elle prépara ne réussirent pas
à amener dans le petit cercle plus de cordiale gaieté, ni à faire
disparaître l'irritabilité dont les manières de Durand étaient
empreintes.
Après que l'on se fût séparé pour la nuit et que les deux frères furent
assis ensemble dans la chambre à coucher de Paul, Armand lui dit
brusquement:
--Pourquoi as-tu montré mes lettres?
--Parce que je ne croyais pas qu'il y eût de mal à le faire, parce que
je pensais qu'elles amuseraient notre père au lieu de le contrarier. Si
je ne les lui avais pas montrées, il aurait supposé qu'elles contenaient
quelque chose de terrible.
Il est si changé que je le reconnais à peine! dit Armand d'un air
sombre. Qu'est ce que tout cela veut donc dire?
--L'âge et le rhumatisme, répondit laconiquement Paul. Il ne faut pas
que tu penses que je n'ai pas ma part de reproches: je voudrais que tu
l'entendrais lorsqu'il y a quelque chose qui ne va pas bien, quand même
ce n'est que le carreau du chassis de l'étable qui est resté ouvert.
Trompé sur les sentiments de son frère, Armand sentit s'évanouir le
faible rayon de soupçon qui avait traversé son esprit.
--Pauvre Paul! s'écria-t-il, ce doit être dur à supporter!
Minuit était sonné depuis longtemps et le frère aîné ne dormait pas
encore, la respiration bruyante de Paul, habitué à se coucher et à se
lever de bonne heure, contribuant doublement à l'empêcher de s'endormir.
Armand se réveilla et se leva plus tard que de coutume; lorsqu'il
descendit, il apprit qu'il y avait longtemps déjà qu'on avait déjeuné et
que son frère était parti depuis une heure pour ses travaux.
--Pourquoi Paul ne m'a-t-il pas réveillé? demanda-t-il.
--Parce qu'il savait que tu n'étais pas habitué à cette misère, répondit
son père d'un ton moqueur qui irrita autant qu'il chagrina le jeune
homme.
La tante Ratelle lui servit bientôt un excellent déjeuner, mais
iln'avait pas faim: cependant, il resta à table quelques minutes,
pendant les quelles il répondit à quelques questions brèves que lui fit
son père sur les progrès qu'il faisait dans ses études légales, sur ses
espérances pour l'avenir; puis il se leva et s'approcha de la fenêtre.
Quoique l'on fût au milieu de mars, une furieuse tempête de neige
sévissait au dehors, et en la contemplant il sentit une singulière
sympathie entre elle--qu'est-ce qu'il peut y avoir de plus triste qu'un
paysage de campagne pendant une tempête de neige?--et la douloureuse
tristesse qui remplissait en ce moment son coeur. A la suite d'une
question froide de la part de son père, suivie d'une réplique un peu
vive, laquelle à son tour lui attira une observation piquante, il prit
une résolution. Oui il s'en retournerait de suite à la ville; oui, il
endurerait plus aisément l'air glacial de l'hiver que l'atmosphère de
duretés qui avait si subitement envahie le toit paternel, autrefois
Si heureux. Lorsqu'il manifesta son intention de partir si vite et par
pareil temps, la tante Ratelle s'y opposa avec chaleur; mais Durand,
guidé peut-être par l'orgueil, y mit peu d'opposition. Cependant,
lorsqu'il lui souhaita le bonjour, il s'opéra dans sa voix et ses
manières un adoucissement subit qui tenta presque Armand à mettre le
malaise de côté et à demander ce qui pouvait avoir refroidi l'amour
profond qui existait entr'eux et qui avait rendu leurs relations
heureuses; mais ile en fut empêché par la crainte d'une rebuffade et de
s'entendre dire ce qu'il redoutait, que c'était la dépense qu'il
occasionnait à son père qui était cause de la froideur et de
l'irritabilité paternelles.
De retour à la ville, notre héros se livra à la routine journalière de
sa vie avec autant de diligence qu'avant, mais avec une disposition
d'esprit moins joyeuse. Les lettres de chez son père devinrent de plus
en plus rares et aussi peu satisfaisantes que jamais; de son côté, il
écrivit bien rarement, et lorsqu'il le faisait, il adressait
ordinairement ses lettres à Paul.
Par une superbe après-dînée qu'il paraissait plus triste que
d'ordinaire, madame Martel, à qui il faisait pitié, vu que depuis
quelque temps il était souvent retenu à la maison et au bureau, insista
auprès de lui pour qu'il allât se promener.
--Et puis, M. Durand, ajouta-t-elle, si vous aviez la bondé de m'obliger
en emmenant ma pauvre Délima avec vous. Elle aussi a besoin de prendre
l'air: elle est si industrieuse et travaillante, qu'elle ne pense jamais
à se reposer.
Sans laisser voir d'intérêt ou de plaisir, Armand consentit, et la
vieille madame Martel partit souriante et joyeuse pour aller dire à sa
cousine de s'habiller. Délima voltige bientôt en bas des escaliers: elle
était vraiment charmante dans sa simple mais gracieuse toilette, et
Armand lui ouvrit la porte en lui adressant quelques paroles de
politesse. Tout-à-coup, madame Martel accourut dans le passage, tout
essoufflées d'être descendue avec précipitation, et pria Délima d'aller
chez sa cousine Vézina pour emprunter le patron de sa coiffe neuve.
--C'est un peu loin, dit mademoiselle Laurin en hésitant.
--Où demeure-t-elle? demanda Armand.
--Près du Pied-du-Courant, à Hochelaga.
--Oh! c'est très-loin, répliqua-t-il; cette course va trop fatiguer
mademoiselle Laurin.
--Pas du tout, interrompit à la hâte madame Martel. Délima est une bonne
marcheuse: il n'y a pas de distance pour la fatiguer, et je voudrais
bien avoir ma coiffe neuve pour dimanche. Soyez assez bon pour
m'obliger, M. Durand.
--Bien, puisque vous insistez et que mademoiselle Délima pense être
capable d'entreprendre la route, je le veux bien.
Et sans en dire davantage, les deux jeunes gens partirent.
Leur promenade fut assez agréable, et ils arrivèrent chez madame Vézina
aussi dispos qu'à leur départ. On prêta de bon coeur la coiffe, puis on
leur fit l'hospitalité: il fallut absolument prendre une tasse de thé.
On résista avec fermeté à la crainte qu'avant Délima que cela les
retardât trop ains qu'à le suggestion que fit Durand qu'un verre de lait
serait aussi bien reçu et que cela leur permettrait de partir
immédiatement pour leur résidence. Tout fut inutile. Les mérites de la
tasse de thé furent renchéris par de bons biscuits chauds et autres
friandises; mais il avait fallu un temps considérable pour les préparer,
en sorte que lorsque la fête fut terminée et que Délima se leva pour
mettre son chapeau, Armand, au lieu de donner une pensée d'approbation à
l'excellent repas qui lui avait été servi, s'emport secrètement contre
l'heure avancée et la stupidité de madame Martel en les envoyant à une
telle distance le soir.
Ils se mirent immédiatement en route pour la maison, et le crépuscule
fut bientôt, heureusement, remplacé par un superbe et beau clair de
lune. Délima, rendue peut-être nerveuse par l'heure comparativement
avancée qu'il était, trébucha une couple de fois: en sorte que son
compagnon se senti obligé par simple politesse de lui offrir l'appui de
son bras. Pendant qu'ils cheminaient seuls, leur ombrage se projetait
sur la rue: de temps en temps elle le regardait de ce timide regard qui
convient si bien à quelques femmes. Soudain on entendit le bruit d'une
voiture qui venait lentement dans leur direction.
Ceux qui l'occupaient, deux dames et un monsieur, examinèrent avec
attention nos amis; ce fut avec un sentiment d'une inexprimable
mortification qu'Armand reconnut dans ces personnes madame de Beauvoir
et sa fille, avec Victor de Montenay. Pour répondre à son salut profond,
deux de ces personnes firent une petite inclinaison de tête; mais
Gertrude avait le visage tourné de côté, et cependant la pleine lune
éclairait assez pour s'apercevoir que ce visage paraissait froid et fier
comme s'il eut été de marbre.
Armand s'emporta contre le malencontreux concours de circonstances qui
l'avaient poussé dans cette position; il apostropha en lui-même madame
Martel dans des termes moins que flatteurs et n'excepta pas la jolie
Délima de cette condamnation. En vain le regardait elle d'une manière
plus engageante que jamais; en vain la douce lumière ajoutait-elle un
plus beau lustre à ses yeux splendides, une beauté d'ange à ses traits
délicats: Armand ne voyait, n'avait de pensée que pour ce visage froid
et implacable qui, pour la première fois, lui avait jeté un regard de
mépris.
--Quelles sont donc ces dames qui étaient dans la voiture? demanda
timidement Délima en rompant le long silence qui avait suivi.
--Madame et mademoiselle de Beauvoir, répondit-il brièvement, incapable
de déguiser dans sa vois une certaine irritation cachée. Mais il faut
que nous marchions plus vite, mademoiselle Laurin, il est très-tard.
Après cela peu de paroles s'échangèrent entre les deux jeunes gens.
Armand n'était pas d'humeur à parler et Délima, richement dotée sous le
rapport de la beauté, ne l'était pas beaucoup sous celui de l'esprit et
des connaissances. En arrivant à la maison notre héros, sans s'arrêter à
répondre au sourire de bienvenue de madame Martel, gagna sa chambre le
plus vite qu'il put.
--A-t-il _parlé_? demanda-t-elle avec empressement et à voix basse à sa
cousine, pendant qu'elles étaient encore dans le vestibule.
--Rien d'à-propos, répondit le jeune fille avec des larmes dans les
yeux.
--Ciel! comme il doit avoir le coeur de pierre! observa la bonne femme
en élevant ses mains et ses yeux en l'air. Mais conserves ton courage,
ma Délima; j'ai courtisé six mois mon vieux et digne mari avant qu'il
condescendît à me faire l'amour, et cependant, vois comme il pense
toujours à moi, et quel heureux couple nous faisons! Mais as-tu faim, ma
petite! J'ai dans l'armoire d'excellente tête en fromage et une tranche
de galette au beurre.
--Oui, je vais prendre une bouchée, car chez ma tante Vézina je n'ai pu
manger, vu que monsieur Durand avait toujours les yeux fixés sur moi.
--Bah! ces messieurs ne pensent pas que parce qu'une fille est jolie et
charmante, elle doive vivre comme une abeille, de miel et de fleurs.
Dieu merci! ma Délima peut manger de la nourriture plus substantielle.
Viens d'abord à l'armoire, et puis au lit, car tu dois être fatiguée de
cette longue promenade qui n'a rapporté aucun profit.
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