IX

Le lendemain de cette soirée, Belfond vint le voir, et ils eurent

ensemble une heure de bonne causerie dans sa petite chambre meublée

uniquement et qui, malgré son tapis de catalogne, ses murs blanchis et

ses chaises empaillées, était très-confortable. Il y avait sur sa petite

table une couple de nattes aux couleurs brillantes et ju joli

essuie-plume, évidemment l'ouvrage de doigts féminins. Le visiteur les

prit dans ses mains.

--Ma soeur Élise, dit-il m'a aussi donné de ces bagatelles-là. Comment

se fait-il que tu aies de ces choses? tu n'as pas de soeur, ni de

cousine?

--Assurément, ta grosse et grasse maîtresse de pension doit avoir

d'autre chose à faire que passer son temps à te préparer des surprises

romanesques sous la forme d'ornements d'aiguille! fit Belfond amusé de

la surprise de son ami.

Ce n'est certainement pas elle. Ce doit être plutôt mademoiselle Délima

Laurin, une de ses cousines qui demeure actuellement ici pour aider à

faire la couture de la maison.

--Oh! enfin nous y arrivons par un détour! dit Belfond en riant. A

présent je vais parier ce que tu voudras que celle qui a fait ces nattes

est jeune et jolie.

--Je crois qu'elle l'est, bien que je ne l'aie pas envisagée et que je

ne lui aies pas parlé dix fois depuis qu'elle est dans la maison, reprit

Armand d'un air qui faisait voir qu'il était ennuyé d'un sujet qui,

selon lui, était assez peu intéressant pour mériter même qu'on en

plaisantât.

Belfond, qui avait du savoir-vivre, s'apercevant de la chose, changea de

conversation et parla de leur ancienne vie de collège, de politique et

de tout ce qui s'offrit à son esprit. Au bout de quelque temps, il

s'approcha de la fenêtre qui donnait sur le jardin, lequel paraissait

assez triste malgré le feuillage aux brillantes couleurs du mois

d'octobre. Tout-à-cou il s'écria d'un air étonné:

--Dis-moi, Armand, quelle est cette belle princesse, cet ange qui est là

dans l'allée? Je n'ai jamais vu une figure aussi belle!

--C'est mademoiselle Délima, la cousine en question.

--En! bien, il faut que tu aies l'esprit obtus ou que tu sois un fin

matois! reprit Belfond en jetant sur son ami un regard pénétrant. Quoi!

cette jeune fille est un beauté, et sa mine et sa toilette sont aussi

gracieuses que celles d'aucune des dames qui se trouvaient hier soir

chez M. de Courval, sans même excepter Gertrude la non pareille.

--Pouah! dit Armand en éclatant de rire. Tu es enclin aujourd'hui à

faire des découvertes, sur le mérite desquelles cependant il doit être

permis de différer.

Belfond le regarda encore de plus près, puis il dit:

--Si c'était avec de Montenay que je parlerais, ou avec d'autres que je

connais, je soutiendrais sans hésiter que ton indifférence n'est qu'une

feinte; mais je t'ai toujours connu tant de franchise, que je te crois

véritablement aveugle... Mais elle s'approche. Ciel! quelle beauté!

Comment cela se fait-il, Armand, que tu n'en sois pas devenu amoureux?

Pour moi, je le suis déjà aux trois quarts!

--Alors, tu ne dois pas avoir peur que je sois ton rival, répliqua-t-il

gaiement. Je n'ai pas l'intention de sacrifier pour tous les charmes de

mademoiselle Délima une seule minute du temps qui appartient à ces

tablettes, ajouta-t-il en montrant une petite bibliothèque remplie

principalement de livres de Droit... Mais est-ce que tu pars?

--Oui, il y a plus d'une heure que je suis ici. Viens faire un tour en

ville avec moi. Nous arriverons assez tôt pour rejoindre la foule des

flâneurs.

Armand fut bientôt prêt.

Comme nos deux jeunes gens en s'en allant passaient dans le petit

corridor, ils y rencontrèrent la jolie Délima qui revenait du jardin.

Durand la salua comme de coutume très-poliment, et il allait sortir

lorsqu'elle l'arrêta timidement, pour lui dire qu'il venait d'arriver de

la campagne un paquet et une lettre pour lui, et que s'il le désirait,

elle les lui remettrait de suite.

--Oui, oui, Armand. Il n'y a pas de presse pour notre promenade. Examine

le paquet et la lettre: tu dois avoir hâte de savoir comment ils sont

tous chez toi.

--Peut-être que monsieur ferait mieux d'entrer ici et de s'asseoir un

moment, reprit la jeune fille.

Et en parlant ainsi, elle le conduisit dans le petit salon. Sur une

table à côté des géraniums se trouvait une pile d'indiennes et de coton,

avec une petite natte inachevée, comme celles qui ornaient la chambre

d'Armand, circonstance qui ne laissait plus aucun doute quant à

l'origine de ces dernières. Sous prétexte d'examiner et de sentir les

plantes de la fenêtre. Belfond se leva, mais en réalité ce n'était que

pour mieux voir Délima pendant qu'elle remettait à son ami le paquet en

question et qu'elle lui prêtait une paire de ciseaux pour couper la

ficelle qui l'attachait. Après avoir jeté un rapide coup-d'oeil sur les

hardes qu'il contenait, Armand rompit le cachet de la lettre et la

parcourut.

--Bonnes nouvelles, ils sont tous bien, dit-il.

--Comment est Paul? demanda Belfond.

--Il ne peut être mieux. Il dit qu'il me prend profondément en pitié, et

que s'il était à ma place il déserterait bien vite... Mais je suis

maintenant prêt à sortir.

Délima lui offrit de porter ces effets sans sa chambre.

--Je vous remercie! répondit-il d'une manière polie mais indifférente:

je verrai à cela moi-même, lorsque je serai de retour.

Puis Belfond et lui sortirent.

--Je viens de faire une nouvelle découverte, remarqua Belfond sur tu ton

plus grave que cex dont il s'était servis jusque-là.

--Vrai? Eh! bien, ami Rodolphe, tu es en veine ce matin. Aies donc la

bonté de me la faire connaître cette découverte.

--La voici: quoique tu n'aies pas l'air de t'occuper de cette belle

petite fille, elle s'occupe beaucoup de toi, elle.

Armand fut surpris et en même temps quelque peu déconcerté; il ne put

s'empêcher de rougir.

--Il n'y a rien de cela entre nous! répliqua-t-il précipitamment. Comme

je te l'ai déjà dit, nous avons à peine échangé ensemble une douzaine de

paroles.

--C'est fort possible, mais je n'en crois pas moins mon opinion exacte.

Au lieu de regarder les géraniums, je l'examinais tout le temps, et je

mets ma main au feu qu'elle n'a pas comme toi le coeur de granit... Mais

je m'aperçois que tu aimerais autant changer de sujet... Maintenant

allons sur la rue Notre-Dame.

Le même soir, comme Armand était à souper, pour la première fois il

regarda Délima avec intérêt: c'était la conséquence naturelle des

louanges excessives que son ami avait chantées sur elle, ainsi que des

allusions qu'il avait faites à la prétendue préférence qu'elle lui

montrait. Elle était à sa place ordinaire, servant un plat tout chaud de

succulent ragoût, car les Martels, de même que beaucoup de familles

Canadiennes, faisaient usage de viandes trois fois par jour. Elle ne

leva pas les yeux sur lui; Madame Martel était occupée de son côté, et

son mari était à tailler du pain: Armand, qui ne se trouvait pas

observé, eut donc une occasion favorable d'étudier son visage.

Etait-elle réellement aussi belle que Belfond l'avait dit? Il regarda

minutieusement ses traits réguliers, fins et mignons, ses long cils

soyeux, sa figure ovale et délicate, et il reconnut en lui-même avec

surprise qu'il avait été aveugle, que réellement elle était aussi belle.

Tout-à-coup elle leva les yeux sur lui te lui offrit du contenu du plat

qu'elle servait; mais voyant ses regards fixés sur elle, elle baissa les

siens, et une légère rougeur se répandit sur ses joues. Le souvenir de

la seconde découverte de Belfond, que cet embarras servait en quelque

sorte à corroborer, lui communiqua un sentiment de vanité naturelle mêlé

à l'intérêt que sa beauté faisait naître en lui. Mais lorsque madame

Martel lui demanda si les nouvelles qu'il avait reçues de chez lui

étaient bonnes, ses pensées se tournèrent vers le cercle de sa famille

et lui firent pendant un instant oublier Délima.

Rien d'extraordinaire ne survint à notre héros durant quelques semaines.

Il poursuivit ses études légales avec le même succès que ses études

classiques, se gagnant les bonnes opinions de M. Lahaise aussi

facilement qu'il avait gagné celles de ses professeurs au collège.

Quoiqu'il menât une vie tranquille et régulière, cependant elle n'était

pas solitaire et ennuyeuse. Souvent il recevait des invitations de

familles occupant un rang distingué dans la société, et malgré sa

timidité, la présence de femmes élégantes et accomplies étaient pour lui

pleine d'attraits.

Rarement il allait chez M. de Courval, malgré les pressantes invitations

de celui-ci. Gertrude était toujours douce et polie pour lui; mais malgré

son inexpérience dans les manières des femmes, il ne pouvait se tromper

sur les sentiments hostiles de madame de Beauvoir à son égard, par la

froide réception qu'elle lui faisait.

Les quelques fois qu'il rencontra de Montenay, celui-ci ne lui fit pas

d'avances, et Armand le copia fidèlement, car un petit salut froid était

tout ce qui restait de la chaude amitié qui avait existé entr'eux.

Quand à Belfond, il venait souvent le voir, et quelques fois il se

faisait accompagner par un ami aussi gai que lui. Armand ne leur offrait

jamais d'autres rafraîchissements que du tabac canadien,--car il faut

avouer que tous ces jeunes gens fumaient--et un verre de cidre ou de

bière, et quelques fois une assiettée de pommes fameuses ou de beignes,

friandises que sa tante Ratelle lui envoyait régulièrement. Belfond, qui

était accoutumé à des tables servies avec luxe, trouvait dans ces fêtes

improvisées autant de jouissance qu'il en montrait dans ses jours

affamés de collège.

Un soir qu'il avait emmené avec lui un jeune homme de ses amis, un

étudiant en Droit, et qu'ils étaient tous trois à discuter, au milieu

des bouffées narcotiques, sur la politique du jour, condamnant la

tyrannie du gouvernement impérial et l'aveuglement de leurs propres

chefs, et qu'ils maniaient les affaires d'Europe avec une étonnante

célérité, sinon avec sagesse, on annonça un visiteur pour M. Durand.

Paul entra dans la petite chambre.

Comme de raison, il y eut un échange cordial de sympathie, un feu

roulant de questions et de réponses sur la maison paternelle, la

campagne, les chemins; puis on procura une pipe au nouveau venu, et on

recommença avec vigueur à fumer. Mais la conversation fut plus

languissante qu'avant. Paul était d'une trempe bien inférieure à celle

de ses compagnons, et cette différence était plus sensible, parce qu'il

s'était donné beaucoup de peine,--à sa sortie du collège et en

s'établissant à Alonville--pour acquérir les manières et le langage d'un

campagnard.

A mesure qu'il s'aperçût de cette différence, il devint morne et

taciturne; il écoutait avec une espèce de préoccupation leurs saillies

piquantes, les réponses spirituelles de ses camarades, mais en même

temps il regardait le contraste qu'il y avait entre leurs longues mains

blanches et les siennes brûlées par le soleil, entre leurs mouvements

gracieux et aisés, et les siens qui étaient raides et guindés.

Enfin les visiteurs partirent et les deux frères se trouvèrent seuls.

--Eh! bien, dit Paul tu n'es pas si à plaindre que je le pensais dans

les commencements. Diantre! tu es ici on ne peut mieux, et tout-à-fait

grand seigneur!

Armand, sans remarquer le rire moqueur avec lequel ces dernières paroles

furent prononcées, répondit:

--Tu oublies que je suis renfermé la plus grande partie de la journée

dans ce que tu appelles un sombre cachot.

--Peut-être que tu ne t'aperçois guère qu ce soit un cachot! répliqua

Paul. Quand on hait une place, il est facile de s'en tenir éloigné.

--Mais, Paul, c'est une chose que je ne fais pas! répondit l'autre avec

ardeur. Je ne néglige pas plus mes études légales que je n'ai négligé

celles du collège.

--Oh! tu n'as pas besoin de commencer, à présent, à les vanter! Je suis

certain qu'on en a tous assez entendu parler: papa et la tante Françoise

m'en ont rendu malade. Mais, changement de propos, voici une lettre de

notre père.

En l'ouvrant Armand y trouva une couple de billet de banque.

--Je soupçonne, dit-il, qu'elle contient quelque chose de mieux que de

simples conseils.

Pendant qu'il lisait la lettre, en appuyant surtout sur les paroles

d'affection qu'elle contenait, Paul était étendu sur sa chaise, dans un

accès de mauvaise humeur, les sourcils froncés, et épiant son frère. Il

compara, en silence, la coup grossière et hors de mode de son

habillement d'étoffe du pays fabriquée à la maison, et qu'il avait fait

confectionner avec tant d'orgueil par le tailleur du village, avec les

hardes unies mais bien faites qu'Armand portait; il compara aussi sa

chevelure luisante, bien peignée, bien brossée, avec la sienne propre qui

était rude et ébouriffée; il examina les petits objets de bon genre qui

se trouvaient sur la petite table et qui, tout en provoquant ses

moqueries, excitaient son déplaisir. Il est pénible de le dire, mais

l'esprit d'indigne jalousie qui s'était depuis bien des années concentré

dans la poitrine de Paul contre son frère aîné commençait à se mieux

accentuer et à se développer sous le nouveau flot de réflexions et de

pensées qui le gagnait avec une étonnante rapidité. Ce sentiment de

sombre envie avait été activé par la continuelle mention flatteuse qu'un

père et une tante extrêmement orgueilleux de ses talents faisaient de

lui, par les fréquentes remises d'argent qui lui étaient envoyées,

quoique sous ce rapport Paul n'avait aucune raison d'être jaloux, car

Durand était strictement impartial dans toutes les affaires d'argent;

enfin cette envie fut excitée par la grande différence qu'il voyait pour

la première fois, qui existait non-seulement entre lui et son monsieur

de frère, mais aussi les amis de ce frère.

Pendant qu'il repliait sa lettre et qu'il la mettait dans son

portefeuille de poche, Armand lui demanda:

--Paul, à quoi pense-tu?

--Je pense à l'aise avec lequel tu gagnes ton pain quotidien.

--Tu sais que toutes choses ont un commencement. Comme de raison, je ne

puis rien faire à présent; mais lorsque j'aurai subi mon examen et que

je serai pour de bon entré en lice, les affaires changeront d'une

manière étonnante.

--Les paroles ne coûtent pas cher! dit Paul d'une manière renfrognée.

--Les moqueries non plus, quoiqu'elles n'en soient pas plus agréables

pour cela! répliqua l'autre qui commençait à se sentir aigri par la

persistante mauvaise humeur de son frère.

--Oh! tu dois passer par-dessus le franc parler, ou la rusticité, comme

je pense que tu dois appeler cela, d'un grossier cultivateur comme moi,

reprit ironiquement Paul. Je n'ai pas les avantages du vernis de la

ville.

--Que veux-tu dire, Paul? Fais connaître toute ta pensée comme un homme;

le peux-tu?

--Eh! bien, voici: ici tu es habillé et servi comme un grand seigneur,

régalant l'aristocratie, recevant de l'argent je suppose quand il te

plaît d'en demander, et qu'est-ce que tu fais pour tout cela? D'un autre

côté, moi, sans ces prétentions et ces dépenses, je me lève tous les

matins avant cinq heures; je marche toute la journée sur la ferme par

tous les temps et tous les chemins, toujours travaillant comme un

esclave sous les brûlants rayons du soleil ou à la pluie glacée.

--C'est toi qui l'as voulu; ainsi tu n'as pas besoin de chicaner

personne pour cela. Combien haut as-tu proclamé à la sortie du collège,

que tu ne serais pas un rongeur de livres, ni un galérien enchaîné à un

pupitre moisi, mais que tu choisirais la vie libre et indépendante du

cultivateur? Notre père t'aurait volontiers donné une profession, si tu

lui avais demandé.

--Non, un de cette vocation dans une famille, c'est assez. Il faut qu'il

y en ait un qui cherche le pain et le beurre des autres ou il pourrait

arriver qu'ils connaîtraient la faim.

--Ah! ça, mon frère Paul, répondit Armand avec un rire de bonne humeur à

travers lequel cependant perçait une ombre d'impatience, notre père

Peut encore faire tout cela pendant bien des années comme il l'a fait

jusqu'ici. Sois donc honnête comme tu l'étais du temps que nous étions

au collège, lorsque tu nous disais que tu préférerais être cultivateur

et marcher en grosses bottes à travers les champs et les fossés pleins

de boue, que d'être un gouverneur dans son fauteuil d'état.

--Fi! se contenta d'observer Paul en changeant de question; il n'est pas

juste de jeter à la face des gens, des choses qu'ils pourraient avoir

dites il y a bien des années.

--Mais, Paul, il n'est pas encore trop tard pour revenir de ton premier

choix. Lorsque tu seras de retour à la maison, parles à papa. Je sais

que tu ne mettras pas de temps à l'emmener à tes désirs, et avant deux

mois tu peux être établi étudiant en Droit ou en médecine, ce que tu

préféreras le mieux et tu partageras ici avec moi cette chambre qui

paraît avoir excité à un si haut degré ton admiration grognonne.

--Je ne vois pas qu'il y ait tant de presse en cette affaire! répondit

sèchement Paul. D'ailleurs, le fait d'envoyer tous les mois deux remises

d'argent au lieu d'une obligerait peut-être papa à faire une petite

étude de voies et moyens sur son numéro un.

--Tiens, laissons ce sujet avant qu'il nous ait fait quereller. Je vais

aller demander à madame Martel si elle peut me procurer un oreiller et

une couverte pour cette nuit, et toi tu pourras coucher dans mon lit.

--Non, il faut que je retourne aux _Trois Rois_ où j'ai laissé mon

cheval. Par exemple si tu m'offres à souper, je ne le refuserai pas.

--Très volontiers, car c'était compris dans l'offre du lit.

Armand alla avertir l'hôtesse que son frère prendrait place à table pour

le souper, et sur son assurance qu'elle en était contente, il revint

vers Paul qui, commençant à se sentir honteux de sa triste mauvaise

humeur, fit des efforts pour se montrer plus aimable.

Délima Laurin se trouvait au souper, et Paul fut aussi frappé de sa

beauté que Belfond l'avait été. Il fut très-poli, à sa façon: il offrit

de ceci, servit de cela, et après que les deux frères furent revenus

dans la chambre à coucher, il accabla Armand de questions pour savoir

qui elle était, d'où elle venait si elle resterait longtemps? Il fit des

allusions et des plaisanteries sur ce que de tels attraits pouvaient

réconcilier un homme avec des cachots encore plus sombres que des

bureaux d'avocats, et reprocha à Armand le silence complet qu'il avait

gardé sur l'existence d'une personne qui devait sans doute occuper ses

pensées. Armand, qui ne goûtait pas ces taquineries, finit par lui dire:

--Pour l'amour du ciel, Paul, choisis un sujet plus amusant et que

m'ennuie moins. Je voudrais bien que la petite Délima fût retournée à

St. Laurent, car elle m'attire de toute part d'insupportables

plaisanteries et d'ennuyeuses questions!

Paul, persuadé que cette défense voulait dire justement le contraire de

ce qu'Armand éprouvait,--vu surtout que celui-ci, dans le cours de la

conversation, avait laissé échapper deux ou trois fois quelques paroles

de souvenir de Gertrude de Beauvoir,--changea de conversation et trouva

un sujet plus du goût de son compagnon, en racontant les changements qui

s'étaient dernièrement opérés à Alonville; en lui nommant ceux qui

composaient le choeur du village, ceux qui avaient été nommés

marguilliers, inspecteurs de chemins et autres emplois.

Il était très-tard, le soir, lorsque les deux frères se séparèrent pour

la nuit. Paul, qui d'ordinaire dormait d'un sommeil profond, ne put ce

soir-là fermer les paupières que lorsque la nuit fut très-avancée. Il

s'agitait et se roulait sur son lit, se laissant aller tantôt à des

sentiments de jalousie contre son frère, tantôt à des demi-regrets de ce

que son tempérament et ses goûts particuliers ne lui eussent pas permis

de suivre la profession d'un monsieur.

--Bah! se dit-il en plongeant avec impatience sa tête sur l'oreiller, la

Providence n'a pas voulu faire de moi un petit-maître. Eh! bien, je

partirai au point du jour. Je déteste cette ville!

----

X

Le lendemain matin, Paul Durand se mit en route pour la maison

paternelle, mais il s'arrêta en passant à la porte de madame Martel pour

dire adieu à son frère. Le long du chemin il repassait dans son esprit

les réflexions inspirées par tout ce qui avait eu lieu la veille.

Lorsqu'il fut arrivé à la maison, on l'assiégea de questions pour savoir

comment il avait trouvé Armand, ce que celui-ci avait l'air et ce qu'il

faisait. Hélas! perversité de la nature humaine! il se donna beaucoup de

peine, quoique sas trop s'éloigner des limites de la vérité, pour

représenter son frère et ce qui le concernait sous le jour le plus

défavorable.

--Je l'ai trouvé à fumer et à jaser avec une couple de beaux messieurs

ses amis, lesquels, d'après leur conversation, m'ont paru le visiter

souvent. Il était habillé à la dernière mode, paraissait extrêmement

gai, et pas du tout comme quelqu'un qui a beaucoup étudié ou qui s'est

fatigué l'esprit à déchiffrer des problèmes professionnels.

La pensée que de mauvais compagnons pourraient entraîner son fils

inexpérimenté dans les tentations et les dangers de la vie, rendit le

père sérieux; mais madame Ratelle était très-satisfaite qu'il prît rang

parmi les gentilshommes, qu'il s'habillât et parût en conséquence, car

après tout il en deviendrait un. On ne pouvait prévoir quel haute

position sociale il devait occuper un jour. Ainsi parlait-elle.

--Bah! dit Paul en ricanant, peut-être pour passer sa vie à fréquenter

le Palais-de-Justice, se reposant sur papa pour payer les gants de kid

qui couvrent ses belles mains blanches.

--Paul, mon fils, ne sois pas trop pressé de trouver à redire sur ton

frère aîné, dit Durand, il ne m'a encore donné aucune cause de défiance

et d'inquiétude.

--Non, au contraire, interrompit madame Ratelle en regardant son neveu

avec indignation: il a remporté au collège les plus grands honneurs, il

a été publiquement louangé par ses professeurs pour son application, ses

succès et sa bonne conduite. Se pourrait-il, Paul Durand que tu serais

jaloux de ton frère aîné?

--O miséricorde! s'écria Paul, je me rends, je me rétracte, je demande

excuse, je veux tout ce que vous voudrez, tante Françoise, mais

donnez-nous la paix. Je vous en prie, mon père, prêtez-moi une pipe et

du tabac!

Madame Ratelle ne réplique pas à cette sarabande; mais il était aisé de

s'apercevoir, par la manière brusque et nerveuse dont ses broches à

tricoter se frappaient les unes conte les autres, que ses esprits

n'étaient pas encore calmés.

Pendant que ceci avait lieu à Alonville, Délima Laurin passait

tranquillement son temps à faire son possible pour plaire à notre héros.

Celui-ci commençait enfin à découvrir et à apprécier un peu sa beauté et

ses grâces, après que son attention y eût été attiré par les louanges et

l'étonnement de tous ses amis qui l'avaient vue. Elle était envers ces

derniers toujours réservée, même froide, et à ceux de ses admirateurs

qui lui adressaient des propos flatteurs ou de galants compliments, elle

ne répondait jamais par un sourire ou un mot d'encouragement; mais il y

avait toujours pour Armand un regard timide ou une douce inflexion de

voix qui trahissait en elle tout l'intérêt qu'elle lui portait. Petit à

petit, il s'établit entr'eux une intime amitié, résultat de leur

résidence sous le même toit.

L'hiver avec ses longues veillées était arrivé, et quelquefois Armand

les passait dans le petit salon de famille, soit à lire à haute voix,

soit à jouer une partie de dames avec Délima qui était très-forte à ce

jeu. S'il avait eu un peu plus d'expérience de la vie ou s'il avait été

d'un caractère soupçonneux, il n'aurait pu faire autrement que de

s'apercevoir de la remarquable adresse que madame Martel mettait à

contribution pour faire progresser l'amitié qui paraissait s'établir

entre lui et sa jeune et jolie cousine. Les soirs où les tempêtes de

neige sévissaient au-dehors et qu'elle ne craignait pas d'être dérangée

par les visites, elle priait instamment M. Armand d'abandonner un moment

sa chambre solitaire pour venir rejoindre leur cercle dont Délima,

occupée de sa couture, formait toujours partie; puis, d'un air de

compassion, elle priait celle-ci de mettre de côté son éternel ouvrage,

et que peut-être M. Armand serait assez bon pour jouer une partie de

dames avec elle. Très-fréquemment aussi madame Martel, sous prétexte

qu'elle avait à voir aux affaires de la maison, s'absentant pendant les

veillées; mais si cette femme intrigante les avait guettés de quelque

cachette, elle aurait été grandement édifiée de voir la tenue

irréprochable des jeunes gens pendant ses fréquentes absences.

Durand étudia avec assez d'ardeur pendant l'hiver; cependant il allait

quelques-fois en soirée, et ne se permettait pas d'autres dépenses que

de temps en temps celle d'une soupe aux huîtres partagée avec

quelques-uns de ses amis, étudiants comme lui. Il serait fort difficile

de dire le nombre de caraquettes qui disparaissaient pendant ces

innocentes bombances, et ce serait une tâche ardue que d'en marquer le

chiffre sur le papier, car le grand total de l'addition paraîtrait

exagéré.

Par une après-dînée d'un froid vif, comme Armand, qui venait d'arriver

du bureau, était à se débarrasser de son paletot, il reçut la visite

d'un ancien camarade de collège, pour lequel il n'avait jamais eu une

grande amitié, mais qui persistait, malgré cela, à le rechercher et à le

fréquenter. Il venait l'inviter à un souper d'huîtres.

--Mon adresse, ajouta-t-il en plaisantant, est dans une petite maison de

la rue Ste. Marie, en haut d'un escalier à trois rampes, la première

porte qui s'ouvre sur le grenier.

Armand attendait justement son frère ce soir-là, car Paul lui avait

annoncé sa venue par une lettre reçue la veille. Mais comme il avait

beaucoup neigé depuis quelque temps, il commençait à croire que le

crainte des mauvais chemins lui ferait retarder son voyage. Du moins,

c'était ce que pensait Robert Lespérance, lorsqu'Armand lui avait dit

qu'il attendait la visite de son frère. Il avait donné cette excuse pour

refuser l'invitation, parce qu'il ne se souciait pas fort de se

rencontrer avec ceux qui se trouveraient là, probablement des gens un

peu trop légers qui ne lui convenaient pas. Mais Lespérance le pria et

le sollicita avec tant d'instance, en insinuant adroitement que c'était

parce que Durand était accoutumé à fréquenter des riches et des

aristocrates, qu'enfin, poussé à bout, et avec répugnance, il finit par

consentir.

Il était très-tard lorsque notre héros laissa la maison, car il avait

voulu attendre son frère et lui donner toutes les chances possibles. Et

partant il laissa les instructions précises sur la maison où on le

trouverait si Paul arrivait.

La railleuse description que Lespérance avait faite de son logis

approchait beaucoup de la vérité, et en entrant Armand se heurta presque

la tête sur le haut de la porte. Le bruit qui frappa ses oreilles était

assourdissant. Quoiqu'on ne fût encore qu'au début de la fête, la

réjouissance était déjà grande parmi les convives, à en juger par leurs

longs éclats de rire, leurs couplets de chansons, leurs acclamations, et

de temps en temps par le bruit des grosses bottes qui exécutaient sur le

plancher un pas de danse.

Lorsqu'Armand entra il y eut une suspension momentanée à ce brouhaha, et

il en profita pour s'excuser de son retard. L'hôte lui expliqua que pour

empêcher ses invités de dévorer les huîtres avant l'arrivée de M.

Durand, il les avait mis au défi de prendre du plaisir sans l'aide de

rafraîchissements, solides ou liquides. D'après le résultat qu'il en

avait obtenu, le lecteur peut concevoir quel degré aurait atteint la

gaieté si elle eût été stimulée par le souper que Lespérance, avec

l'aide d'un de ses amis, était actuellement à leur préparer.

L'appartement dans lequel Armand se trouvait différait beaucoup du sien

si propre et si bien tenu: il était petit et bas, le plafond et les

boiseries ternies par le temps et la fumée. Il ne portait aucune trace

d'ornements; seulement on remarquait quelques images aux peintures

grossières de danseuses aux joues rouges, aux jupes cortes et amples, à

côté du portrait d'un boxeur en renom et de celui d'un fameux bouffon

français. Dans un coin il y avait un grand coffre peinturé, contenant la

garde-robe du maître de céans et servant en même temps de bibliothèque,

car on y voyait une pile de livres tout poudreux et à l'air vénérables;

dans un autre coin on apercevait un manche de ligne et une paire de

fleurets rouillés, un miroir brisé pendu à la cloison et si petit que

Lespérance disait souvent qu'il ne pouvait y voir ses traits qu'en

détail, c'est-à-dire les uns après les autres. Une paire de raquettes

placées en angle droit servait de persiennes à une fenêtre, tandis

qu'une traîne sauvage bouchait en partie l'autre. La chambre était

presqu'entièrement occupée par une table grossière mais nette,

probablement empruntée pour la circonstance aux gens de l'étage

inférieur. Des bouteilles remplies avec quelque chose de plus fort que

la bière de Montréal, flanquaient chaque bout de la table: quelques

essuie-mains de grosse toile, un huilier boiteux et deux seaux vides sur

le plancher pour recevoir les écailles d'huîtres, complétaient

l'ameublement. Il ne faut pas oublier de mentionner la grande bizarrerie

déployée dans les vases pour boire: quelques verres communs, deux pots

de faïence blancs et trois tasses à thé, offraient, sinon de l'élégance,

du moins de la variété.

Tout-à-coup l'amphytrion, prenant une contenance grave:

--A présent, messieurs, dit-il, une question importante: lavées ou non

lavées?

--Comme de raison, non lavées! s'écrièrent plusieurs voix. Laissez-les

venir sur la table avec leur limon naturel.

--Tant mieux, car mon aimable hôtesse, auprès de qui Gorgon et Méduse

auraient été agréables et charmants, m'a informé tout-à-l'heure que

j'aurais à les laver moi-même.

--Hé! l'ami Pierre, toi qui as toujours la bouche ouverte ou pour

chanter ou pour crier, et qui vas probablement en avaler le plus grand

nombre, viens m'aider à les apporter!

Qui fut dit fut fait. Nos deux jeunes gens parurent bientôt, venant de

quelque coin caché du dehors, probablement du grenier, portant un

immense plateau bien pelin de succulentes caraquettes.

--Maintenant, amis, à l'attaque! cria Lespérance. Je n'ai que deux

armes légitimes pour faire cette guerre, (et il brandissait au-dessus de

sa tête deux couteaux à huîtres) une que e réserve pour moi comme

seigneur du château, et l'autre pour monsieur Durand comme le dernier

arrivé à ce joyeux cercle d'élite. Il y a plusieurs couteaux de table,

un tire-bouchon et un couteau de poche; ainsi, messieurs, choisissez à

moins que quelques-uns d'entre vous soient venus tout armés.

Par expérience probablement et en prévision de pareille casualité, deux

des invités sortirent de leurs poches des couteaux à huîtres, tandis que

d'autres avaient de forts et bons couteaux de poches presqu'aussi utiles

pour la circonstance, et l'on commença l'assaut.

Au bout de quelque temps la porte s'ouvrit et livra passage à un

échantillon peu favorable du beau sexe, lequel portait à la main un

grand pot plein d'eau bouillante.

--Ah! mille remercîment, la mère! s'écria de bon coeur Lespérance. A

présent, quiconque désire du _punch_ peut en avoir; mais, ma chère

madame Hurteau, voyez donc si vous ne pourriez pas nous prêter une

couple de verres au lieu de ces tasses? car quel que fort et chaud que

nous fassions ce breuvage, nous ne pourrons pas, quand bien même nous

devrions en mourir, nous empêcher de croire que tout le temps nous

buvons du thé. Comme conséquence, nous en buvons quelque fois trop.

--Cela vous arrive quant même! dit-elle en souriant aigrement. Vous et

vos amis, lors de la dernière fête que vous avez faite ici, m'avez brisé

deux verres que vous ne m'avez pas encore remboursés, quoique j'aie

l'intention de vous les faire payer lorsque nous réglerons le dernier

mois de pension.

--Oui, ma chère dame, je vous payerai, quant même je devrais pour cela

prélever des fonds par une souscription publique, répliqua-t-il aec une

imperturbable bonne humeur.

--Si madame veut bien attendre un instant, nous allons faire passer le

chapeau séance tenante, ajouta gravement un petit gaillard à la mine

éveillée qui sans autre outil qu'un couteau de table rouillé, avait déjà

accumulé devant lui une pile respectable d'écailles.

--Alors, de cette manière tu n'y dépenseras rien, George Leroi,

répondit-elle avec mépris. C'est toujours la plus mauvaise roue d'une

charrette qui crie le plus fort.

--Votre citation est ancienne et usée! Essayez encore et montrez-nous

quelque chose de votre crû.

La brade madame Hurteau, dédaignant de répondre plus longtemps se retira

en frappant la porte avec tant de violence que les danseuses des

gravures et les huîtres dans leurs écailles en tremblèrent.

Nous ne nous appesantirons pas plus sur cette scène. Pendant quelque

temps il y eut vraiment d'excellents chants, des chansons comiques, des

duos avec un chorus complet et efficace; mais à force de faire circuler

les verres fêlés et les pots, il vint un temps où les chanteurs

n'observèrent plus aucune règle de mesures et d'accords, et ooù la

confusion des voix fut si curieuse que le résultat devint très

affligeant pour des oreilles quelque peu exercées. La gaieté devenait à

chaque instant plus turbulente et plus tumultueuse. Lorsque les huîtres

furent mangées on poussa les écailles dans un coin; une couple d'invités

s'élancèrent au milieu de la place et se mirent à exécuter une gigue en

sifflant leur propre accompagnement; un autre se hissa sur la table et

chanta d'une voix de Stentor un sentimental et pathétique vaudeville; et

pendant tout ce temps-là le bourdonnement des voix, le son des verres et

les éclats de rire mettaient le comble au tapage. Au milieu de ce

vacarme, madame Hurteau ouvrit brusquement la porte, et s'écria d'un air

bourru:

--Vous le trouverez ici, mon jeune homme.

--Et Paul Durand fut introduit dans la chambre.

En entrant il pouvait à peine voir ou être vu à travers les épais nuages

de fumée de tabac qui remplissaient l'appartement, mais il sentit sa

main empoignée par Armand. Le chanteur descendit de son orchestre

improvisé, et les danseurs, hors d'haleine, s'arrêtèrent.

On exprima à Paul de sincères regrets sur la disparition complète des

huîtres, mais on lui offrit du contenu des bouteilles noires que

Lespérance appelait «des gouttes de consolation», et on lui procura une

pipe bien bourrée.

Armand, s'apercevant que le vacarme allait recommencer, demanda la

permission de se retirer avec son frère, parce qu'ils avaient beaucoup à

se dire. On lui accorda sa demande, et après de bruyants «bonsoirs et

adieux», les deux frères descendirent les escaliers et prirent la route

de la maison Martel. Il faisait un brillant clair de lune, et la neige

criait agréablement sous leurs pieds.

--Tu m'as l'air d'être entré dans une bande de bons vivants! dit

sèchement Paul.

--C'est la première veillée que je passe avec eux et je ne crois pas que

je sois pressé d'en essayer une autre, car je ne puis supporter une

gaieté aussi bruyante. J'en ai déjà mal à la tête!

--Pouah! ce n'est pas étonnant! dit Paul en toussant, un antre aussi

misérable et aussi malpropre! Je serais curieux de savoir ce que dirait

la tante Françoise, avec ses penchants aristocratiques, si elle avait pu

jeter un coup-d'oeil sur ce qui se passe là ce soir? Il y a de la

différence entre ces gens et les jeunes et spirituels petits-maître avec

lesquels je t'ai trouvé dernièrement.

--Je dois avouer que ceux-ci sont plus de mon goût; mais comment ça

va-t-il chez nous?

--Papa n'est pas bien, il est retenu au lit par le rhumatisme et il se

chagrine un peu. La tante Françoise s'occupe à le soigner, et mois je

conduis les travaux de la terre. C'est une chance que je ne sois pas

attaché, à l'heure qu'il est, à un bureau de la ville, car les affaires

n'iraient pas chez nous aussi bien qu'elles vont.

Armand était bien de cette opinion.

Ils arrivèrent bientôt aux _Trois-Rois_ et s'établirent près du poële

bien miné du meilleur salon de l'hôtel. Armand prit la lettre que Paul

lui remit et se mit à la parcourir. Elle était plus courte que de

coutume, et elle lui disait d'un ton de tristesse inusitée qu'on avait

l'espoir qu'Armand faisait tous ses efforts pour bien profiter du temps

et de l'argent qu'il coûtait; elle faisait aussi mention des éminents

services que Paul rendait à la maison, et remerciait la Providence de ce

qu'il y fût.

Armand attribua aux souffrances physiques de son père ce qu'il y avait

d'extraordinaire et d'inaccoutumé dans l'épître qu'il lui avait écrite:

et lui et son frère s'entretinrent plus sérieusement et avec plus de

calme que de coutume des affaires de famille.

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Armand Durand; ou, La promesse accomplie · 第 16 / 25 题