RÉSUMÉ ET CONCLUSION.

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La végétation du pays que nous avons parcouru doit son

caractère particulier à deux faits intéressants : le premier,

c’est l’absence des grands sables, la région des Aregs ne

commençant qu’au midi des montagnes des Ghomrasen et de la

chaîne du Nefzaoua, très avant dans le sud et loin de la mer ;

le second est la présence dans la région de la Syrte de plantes

telles que le _Filago Mareotica_, le _Deverra tortuosa_, le _Silene

succulenta_, le _Vaillantia lanata_, le _Lagonychium Stephanianum_,

le _Centaurea contracta_, l’_Atractylis flava_ qui, de même que les

_Convolvulus Dorycnium_, _Iberis sempervirens_, _Hypericum crispum_,

_Poterium spinosum_, etc., rencontrés plus au nord en Tunisie, où

ils trouvent leur limite occidentale, appartiennent à la flore de

l’Orient. Ce fait, déjà signalé dès 1854 par notre excellent

ami M. le docteur Cosson dans son _Sertulum Tunetanum_ et mentionné

par M. Doûmet-Adanson dans le compte rendu de sa première mission,

reçoit une nouvelle confirmation de nos récentes observations. On

est par suite fondé à admettre l’existence ancienne, dans la

Méditerranée, de deux bassins différents en même temps que le

rattachement de la Sicile au continent africain dans la région du

cap Bon.

La situation politique du pays nous ayant empêchés de pénétrer

jusqu’aux Aregs et aux pâturages sahariens des grands nomades,

nous n’avons point recueilli les plantes arénicoles que l’on

est convenu d’appeler plus particulièrement sahariennes, comme

l’_Ephedra alata_ (Alenda), le _Genista Saharæ_ (Merkh), la

grande forme du _Calligonum comosum_ (Ezzel), le _Limoniastrum

Guyonianum_ (Zeïta) et le _Zilla macroptera_ (Chebrom), qui,

d’après les renseignements fournis par les Arabes, doivent s’y

rencontrer, sans doute en compagnie du _Tamarix articulata_ (Etel),

de l’_Erythrostictus punctatus_, de l’_Heliotropium luteum_

et des autres plantes de la flore du Souf.

C’est aussi à la nature du terrain que l’on doit attribuer, dans

la région que nous avons explorée, la rareté d’autres espèces

sahariennes qui apparaissent sporadiquement là seulement où, soit

dans le lit des oueds, soit au pied de roches désagrégées, elles

rencontrent le sable qui paraît être la condition nécessaire de

leur existence, beaucoup plus que les influences de la latitude et de

la chaleur. Ces plantes, en effet, parmi lesquelles nous citerons

seulement : _Cladanthus Arabicus_, _Ifloga spicata_, _Senecio

coronopifolius_, _Nolletia chrysocomoides_, _Tanacetum cinereum_,

_Arthratherum pungens_ et _plumosum_, _Festuca Memphitica_, se montrent

beaucoup plus fréquemment dans les formations arénacées qu’à

Zarzis ou à l’extrémité de l’Aradh. Ainsi le Drin (_Arthratherum

pungens_), qui, en Algérie, est presque caractéristique de la région

saharienne et dont nous n’avons vu, pendant notre exploration, que

quelques touffes isolées, croît abondamment presque aux portes de

Tunis, dans les dunes d’Hammam-Lif !

Passons maintenant à l’étude particulière des diverses parties

du territoire parcouru.

Si nous considérons le Sud tunisien de l’est à l’ouest,

l’Aradh se présente d’abord, long couloir entre la mer et la

montagne par où a passé le flot de toutes les invasions orientales,

plaine presque absolument unie, à peine coupée par quelques faibles

ressauts calcaires ou par quelques collines dont la plus haute est

le Djebel Tadjera. Sur le sol argilo-caicaire, labouré par des lits

arides d’oueds torrentueux, la végétation s’étend, maigre

et monotone, des portes de Gabès à l’Oued Feçi et à la Sebkha

des Biban (Bahirt-el-Biban). Les _Zizyphus Lotus_, _Retama Rætam_,

_Calycotome intermedia_, _Rhus oxyacanthoides_, _Nitraria tridentata_ y

forment des buissons plus ou moins rares ; les _Thymelæa microphylla_,

_Rhanterium suaveolens_, _Anarrhinum brevifolium_, trois _Deverra_

(_D. chlorantha_, _D. tortuosa_, _D. scoparia_), le _Polygonum

equisetiforme_, l’_Andropogon hirtus_ et le _Lygeum Spartum_

constituent partout (sauf dans les sebkhas ou sur le littoral envahis

par les Salsolacées et les _Statice_) le fond habituel de la flore :

leur abondance et leurs proportions réciproques varient seules suivant

le degré de profondeur ou de sécheresse du terrain. Il faut aussi

citer, quoique moins fréquente, le _Carduncellus eriocephalus_, le

_Delphinium pubescens_, l’_Atractylis flava_ et l’_Apteranthes

Gussoneana_ qui se dissimule presque toujours dans les touffes du

_Lygeum Spartum_.

La longue chaîne parallèle à la mer qui s’épanouit en se

déprimant chez les Matmata et qui a son point culminant au Djebel

Demeur, chez les Haouaïa (à 750 mètres), se termine en Tunisie

par le piton pittoresque de Douiret et le massif transversal des

Ouderna. Du côté de l’Aradh, elle s’élève abruptement,

comme par des cassures superposées, et se couronne de couches

d’un calcaire dur formant plateau, tandis que, vers l’ouest,

s’étend une longue pente tectiforme que les Arabes nomment le

Dahr (le dos). Les couches du calcaire crétacé ou du grès n’y

retiennent pas l’eau : à peine si l’on y remarque quelques

suintements qui ne coulent pas jusqu’à la plaine (Aïn Guettar,

Aïn Temran) et de rares puits dans les passes qui la traversent. Aussi

(abstraction faite du domaine du Halfa) la végétation spontanée y

est-elle pauvre, sauf sur le bord du plateau des Haouaïa ou dans de

rares crevasses des ravins garnies de quelques broussailles. Partout

ailleurs, le _Rosmarinus officinalis_, le _Calycotome intermedia_, le

_Periploca angustifolia_ et l’_Anthyllis Henoniana_ représentent,

avec quelques pieds de _Retama Rætam_, la flore frutescente. En

revanche, on y compte quelques plantes spéciales ou intéressantes :

sur le plateau ou le long des consoles rocheuses croissent le _Teucrium

Alopecuros_, l’_Erodium arborescens_ et l’_Onopordon Espinæ_, qui,

abondant dans les steppes aux environs de Kairouan et de la Sebkha

El-Hani, devient ici, à l’extrémité de son aire, une plante de

montagne. Le _Stipa tenacissima_, rare sur le littoral tunisien où

le _Lygeum Spartum_ usurpe son nom arabe (Halfa), vit aux flancs des

collines élevées des Matmata et abonde sur leurs plateaux. Sur les

deux sommets de la chaîne (Djebel Demeur et Guelâa des Matmata),

nous devons signaler : _Celsia laciniata_, _Galium petræum_ et

_Bourgæanum_, _Caucalis cærulescens_, _Centaurea Africana ?_,

_Genista capitellata ?_.

Le Djebel Aziza, qui court à l’ouest du Dahr, présente une

végétation analogue.

Entre le Djebel Tebaga et le Chott El-Fedjedj, la plaine, bien

que l’eau y soit rare, est couverte d’un plus grand nombre

d’arbustes et de plantes ligneuses que l’Aradh. Les _Atriplex

Halimus_ et _mollis_, le _Thymelæa hirsuta_ et le _Peganum Harmala_

y sont surtout fort communs. Parmi les plantes herbacées dominent

l’_Helianthemum Tunetanum_, l’_Hedysarum carnosum_, l’_Astragalus

Kralikianus_, le _Linaria laxiflora_, l’_Ammosperma cinereum_,

le _Pyrethrum fuscatum_.

Un peu avant Limaguès et Seftimi commence la région si curieuse du

Nefzaoua que traverse une double chaîne de collines, prolongation et

atténuation du Djebel Tebaga. Des deux côtés de l’arête centrale

qui finit par s’effacer complètement vers la pointe ouest du pays,

des sources, probablement artésiennes pour la plupart, sourdent au

fond de nombreux bassins et alimentent des oasis qui s’étendent

jusque dans la région des Aregs. Déjà le sable commence à se

montrer assez abondamment près de Kebilli et la végétation à se

rapprocher de la flore saharienne de Biskra ainsi que l’indique

l’apparition de l’_Euphorbia Guyoniana_, du _Malcolmia Africana_,

du _Reseda Alphonsi_ et du _Tamarix pauciovulata_. En approchant

du grand Chott El-Djerid, les terrains salés et les Salsolacées

se multiplient, tandis que les collines rocheuses issues du Tebaga

deviennent d’une aridité désolée.

Du côté occidental du chott, dans le Beled-el-Djerid, la tendance

que nous venons de signaler s’accentue bien davantage : les _Fagonia

virens_, l’_Oligomeris dispersa_, le _Polycarpæa fragilis_, le

_Sclerocephalus Arabicus_, l’_Astragalus Gyzensis_, le _Cyperus

conglomeratus_, l’_Arthratherum obtusum_ et l’_Andropogon

laniger_ s’ajoutent aux espèces des Ziban déjà mentionnées,

tandis que l’apparition inattendue du _Panicum turgidum_, cette

curieuse Graminée égyptienne découverte par notre ami M. le Dr

V. Reboud dans la vallée de l’Oued El-Arab, rattache le Djerid

aux vallées sahariennes de l’Aurès.

La bordure étroite qui s’étend au nord du Chott El-Djerid,

au pied du long massif du Djebel Cherb, montre une végétation

identique, dans son ensemble, à celle de la rive méridionale ;

mais les gorges de la montagne et les oueds qui en sortent offrent

quelques plantes d’un intérêt particulier : un _Sporobolus_

probablement nouveau, le _Lotus hosackioides_, déjà recueilli aux

mêmes lieux par M. le Dr André et qui se retrouve au sud du Maroc,

les _Megastoma pusillum_, _Echinospermum Vahlianum_, _Salvia Jaminiana_

et _Aristida Adscensionis_ var. _pumila_.

Dans tout le bassin des Chotts, comme dans l’Aradh, l’_Anarrhinum

brevifolium_ et le _Rhanterium suaveolens_ sont également abondants

et paraissent s’étendre dans l’ouest jusqu’aux limites de

l’Algérie, si même ils n’y pénètrent pas.

L’influence saharienne se fait encore sentir, quoique plus

faiblement, dans les plaines au nord de la chaîne du Cherb et se

prolonge même le long de la vallée de l’Oued Feriana, ouverte aux

effluves du midi, tandis que sur les collines, à partir de Sidi-Aïch,

domine la flore des hauts plateaux. Un îlot de verdure, au milieu du

lit de l’Oued Zitouna, présente un singulier mélange de plantes

du sud qui y remontent et d’espèces du nord qui y sont descendues,

amenées par les eaux.

A Feriana, le changement est complet : le Halfa règne en maître dans

la plaine et sur les hauteurs ; les Pins d’Alep et les Genévriers

s’étendent en lignes claires ou en massifs forestiers profonds,

suivant la disposition du terrain et la fréquence des incendies : dans

les gorges, le long des rochers, sur le bord des oueds, la végétation

ressemble à celle des environs de Tebessa et des parties basses de

l’Aurès. On peut y signaler toutefois quelques plantes spéciales,

telles que l’_Hypericum Roberti_. Au _Teucrium Alopecuros_ du sud,

cantonné dans la chaîne des Matmata, des Haouaïa et dans les Djebels

Aziza et Tebaga, se substitue le _Teucrium compactum_ des pentes

inférieures de l’Aurès et des Maâdid ; à l’_Helianthemum

Tunetanum_, les _Helianthemum Fontanesii_ et _lavandulæfolium_. La

flore du sud a disparu sans laisser de traces ailleurs que sur quelques

points où la désagrégation du grès favorise la croissance de deux

ou trois espèces surtout arénicoles.

Cette région du Halfa et des forêts de Pins continue en Tunisie

les Hauts-Plateaux de la province de Constantine avec leurs collines

et leurs montagnes isolées ; c’est bientôt, en s’avançant

à l’est, la région des Hamadas où les reliefs sont presque

tous couronnés par des tables rocheuses plus ou moins inclinées,

au-dessus de vallées dont le niveau s’abaisse graduellement vers

Kairouan et l’Enfida.

Le Guelâat Es-Snam, qui s’élève près de la frontière et atteint

1454 mètres, est lui-même une véritable hamada, et l’un des

points culminants de la Tunisie. Aussi offre-t-il une végétation

particulière qui se retrouve d’ailleurs sur les montagnes de même

altitude du cercle de Souk-Ahras et sera peut-être constatée sur

quelques-unes de ces montagnes boisées des environs de Sbiba au pied

desquelles a passé Desfontaines.

Nous venons d’indiquer à grands traits les caractères principaux

de la flore tunisienne dans les régions que nous avons abordées ; le

président de la Mission de l’exploration scientifique de la Tunisie

a déjà fait connaître le résultat de la campagne botanique de 1883

dans le nord du pays. Il résulte de ces constatations qu’il manque

à cette flore deux des plus beaux fleurons de celle de l’Algérie :

les espèces des montagnes élevées et celles du grand Sahara. La

nature lui a refusé les plantes des hauts sommets, il suffira sans

doute d’une exploration dans le Sud pacifié pour y trouver au

moins une partie des secondes.

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Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans le nord, le sud et l'ouest de la Tunisie · 第 28 / 29 题