Wangenheimia Lima Mœnch.[37]

Les préparatifs du départ se font rapidement. Nous remontons le cours

de la rivière et nous nous engageons ensuite dans une vaste plaine

où la route coupe les blés qui commencent à mûrir. Les Ferachich,

qui sont des demi-nomades, reviennent pour la moisson ; quelques

tentes sont déjà installées ; à chaque instant défilent des

chameaux chargés, des groupes de femmes et d’enfants qui poussent

des bandes de moutons aux grosses queues lourdes, des cavaliers aux

longs fusils qui font caracoler leurs chevaux en passant près de

nous. Plus sauvages et plus hérissés, des moissonneurs au tablier

de cuir, la faucille sur l’épaule, les pieds poudreux dans leurs

sandales de peaux encore saignantes, s’en vont offrir leurs services

aux colons de Tebessa qu’ils ghazziaient autrefois.

Parmi les blés hauts et drus, dans la terre noire et profonde,

poussent le _Ridolfia segetum_ encore en boutons, le Bou-Nefa ou Driès

(_Thapsia Garganica_), une autre Ombellifère trapue à large ombelle

jaune, le _Carduus pteracanthus_ et d’énormes pieds de _Cynara

Cardunculus_ que respecte toujours la charrue arabe.

Devant nous coule entre ses berges gazonnées un oued insignifiant :

c’est pourtant la limite de l’Algérie. Avant de la franchir,

je commande une halte pour faire une dernière herborisation sur le

sol tunisien, et sur un petit coin de plateau rocheux, au milieu des

plantes de la région déjà vulgaires pour moi, j’ai la chance de

cueillir une espèce qui ajoutera un nom au catalogue de sa flore :

l’_Ononis antiquorum_.

Nos gens me rappellent, impatients d’arriver au campement. A trois

kilomètres au delà de la frontière, nous dressons nos tentes

au sommet d’un coteau à pente douce, dont la base est baignée

par un ruisselet limpide encombré de Cresson. Le cheikh, jeune et

élégant, arrive suivi de son _qaouadji_ qui porte une cafetière

d’argent et nous souhaite en français la bienvenue. Des serviteurs

nous offrent une diffa copieuse où le mouton et le piment n’ont

point été épargnés. Lorsque nous nous retirons sous la toile,

nos gens, bien repus et couchés autour du feu, entament, dans la

nuit sereine et silencieuse, une interminable mélopée qui nous

procure un doux sommeil.

1er juillet. Nous marchons rapidement et joyeusement à travers

un pays accidenté où les champs de blé se mêlent aux forêts

de Pins. Un défilé rapide et glissant, où abonde le _Calamintha

graveolens_ aux fortes senteurs, nous amène à des rochers d’un

grand caractère qui surmontent un coteau obstrué d’énormes blocs

éboulés. J’y recueille le _Microlonchus Clusii_, mais la vue de

Tebessa, dont on aperçoit les jardins comme une tache sombre entre

la plaine et la montagne, allume notre impatience, et, sans même

consacrer un coup d’œil à une grande ruine romaine placée au

beau milieu du chemin, nous roulons plutôt que nous ne descendons

dans la plaine. Une demi-heure nous suffit pour franchir les quelques

kilomètres qui nous séparent de la ville.

Une heure plus tard, hommes du train, cavaliers et sakhars nous

faisaient leurs adieux ; nous étions installés à l’hôtel et,

après de longues pérégrinations, le terme de notre mission était

atteint.

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Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans le nord, le sud et l'ouest de la Tunisie · 第 27 / 29 题