XX

«Aussi n'y eut-il pas un de ses apôtres qui ne proclamât la paix entre

les peuples. Mirabeau, La Fayette, Robespierre lui-même, effacèrent la

guerre du symbole qu'ils présentaient à la nation. Ce furent les

factieux et les ambitieux qui la demandèrent plus tard; ce ne furent

pas les grands révolutionnaires. Quand la guerre éclata, la

Révolution avait dégénéré. L'Assemblée constituante se serait bien

gardée de placer aux frontières de la France les bornes de ses vérités

et de renfermer l'âme sympathique de la Révolution française dans un

étroit patriotisme. La patrie de ses dogmes était le globe. La France

n'était que l'atelier où elle travaillait pour tous les peuples.

Respectueuse et indifférente à la question des territoires nationaux,

dès son premier mot elle s'interdit les conquêtes. Elle ne se

réservait que la propriété, ou plutôt l'invention des vérités

générales qu'elle mettait en lumière. Universelle comme l'humanité,

elle n'eut pas l'égoïsme de s'isoler. Elle voulut donner et non

dérober. Elle voulut se répandre par le droit et non par la force.

Essentiellement spiritualiste, elle n'affecta d'autre empire pour la

France que l'empire volontaire de l'imitation sur l'esprit humain.

«Son oeuvre était prodigieuse, ses moyens nuls; tout ce que

l'enthousiasme lui inspire, l'Assemblée l'entreprend et l'achève, sans

roi, sans chef militaire, sans dictateur, sans armée, sans autre force

que la conviction. Seule au milieu d'un peuple étonné, d'une armée

dissoute, d'une aristocratie émigrée, d'un clergé dépouillé, d'une

cour hostile, d'une ville séditieuse, de l'Europe en armes, elle fit

ce qu'elle avait résolu: tant la volonté est la véritable puissance

d'un peuple, tant la vérité est l'irrésistible auxiliaire des hommes

qui s'agitent pour elle! Si jamais l'inspiration fut visible dans le

prophète ou dans le législateur antique, on peut dire que l'Assemblée

constituante eut deux années d'inspiration continue. La France fut

l'inspirée de la civilisation.»

Je dis aujourd'hui:

Cet hymne dépasse en admiration la portée de l'Assemblée constituante.

Le mot d'_homme principe_, qui s'applique à Robespierre, est un

scandale de mot qui peut faire douter de mes principes à moi-même.

Est-ce que le fanatisme est une lumière? est-ce que le sophisme est

une vérité? est-ce que le sang est un apostolat? Il est vrai qu'à ce

moment Robespierre n'en avait pas encore versé, et qu'il avait plaidé

au contraire contre la peine de mort. C'est ce qui m'excuse de l'avoir

qualifié ainsi à ce moment de la Révolution où il était encore

éloquent. Mais, comme la vie tout entière d'un homme le résume à

toutes les dates de sa vie dans la qualification qu'un historien lui

donne, ma plume a été étourdie, sinon coupable, en donnant alors à

Robespierre une qualification à double interprétation, capable de

fausser l'esprit de la jeunesse sur ce _Marius_ civil, sur ce

proscripteur-bourreau de la Révolution. Je m'en repens, et je

l'efface.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 204 / 208 题