XVI

L'accusation d'avoir présenté le parti tour à tour ambitieux et faible

des Girondins pour un parti idéal de la Révolution n'est pas moins

erronée. Voyez leur entrée en scène, en 1791, après la proclamation de

la constitution:

«L'Assemblée était pressée de ressaisir la passion publique, qu'un

attendrissement passager lui enlevait. Elle rougissait déjà de sa

modération d'un jour, et cherchait à semer de nouveaux ombrages entre

le trône et la nation. Un parti nombreux dans son sein voulait pousser

les choses à leurs conséquences et tendre la situation jusqu'à ce

qu'elle se rompît. Ce parti avait besoin pour cela d'agitation; le

calme ne convenait pas à ses desseins. Il avait des ambitions

au-dessus de ses talents, ardentes comme sa jeunesse, impatientes

comme sa soif de situation.

«L'Assemblée constituante, composée d'hommes mûrs, assis dans l'État,

classés dans la hiérarchie sociale, n'avait eu que l'ambition des

idées de la liberté et de la gloire; l'Assemblée nouvelle avait celle

du bruit, de la fortune et du pouvoir. Formée d'hommes obscurs,

pauvres et inconnus, elle aspirait à conquérir tout ce qui lui

manquait.

«Ce dernier parti, dont Brissot était le publiciste, Pétion la

popularité, Vergniaud le génie, les Girondins le corps, entrait en

scène avec l'audace et l'unité d'une conjuration. C'était une

bourgeoisie triomphante, envieuse, remuante, éloquente, l'aristocratie

du talent, voulant conquérir et exploiter à elle seule la liberté, le

pouvoir et le peuple. L'Assemblée se composait par portions inégales

de trois éléments: les constitutionnels, parti de la liberté et de la

monarchie modérée; les Girondins, parti du mouvement continué jusqu'à

ce que la Révolution tombât dans leurs mains; les Jacobins, parti du

peuple et d'une impitoyable utopie. Le premier, transaction et

transition; le second, audace et intrigue; le troisième, fanatisme et

dévouement. De ces deux derniers partis, le plus hostile au roi

n'était pas le parti jacobin. L'aristocratie et le clergé détruits, ce

parti ne répugnait pas au trône; il avait à un haut degré l'instinct

de l'unité du pouvoir. Ce n'est pas lui qui demanda le premier la

guerre et qui prononça le premier le mot de république; mais il

prononça le premier et souvent le mot dictature; le mot république

appartient à Brissot et aux Girondins. Si les Girondins, à leur

avènement à l'Assemblée, s'étaient joints au parti constitutionnel

pour sauver la constitution en la modérant, et la Révolution en ne la

poussant pas à la guerre, ils auraient sauvé leur parti et maintenu le

trône. L'honnêteté, qui manquait à leur chef, manqua à leur conduite:

l'intrigue les entraîna. Ils se firent les agitateurs d'une assemblée

dont ils pouvaient être les hommes d'État. Ils n'avaient pas la foi à

la république, ils en simulèrent la conviction. En révolution, les

rôles sincères sont les seuls rôles habiles. Il est beau de mourir

victime de sa foi, il est triste de mourir dupe de son ambition.»

Est-ce là un apologiste ou un juge? Parlerais-je aujourd'hui plus

sévèrement?

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 200 / 208 题