Après ce portrait de la cour, viennent ceux de l'Assemblée: on les a
lus; Robespierre vient le dernier. On a vu que je me reproche
justement aussi d'avoir donné en apparence, comme artiste, trop de
vernis à ce portrait. Qu'on en lise cependant le début: on y sent
d'avance l'inflexibilité du jugement définitif.
«Dans l'ombre encore, et derrière les chefs de l'Assemblée nationale,
un homme presque inconnu commençait à se mouvoir, agité d'une pensée
inquiète qui semblait lui interdire le silence et le repos; il tentait
en toute occasion la parole, et s'attaquait indifféremment à tous les
orateurs, même à Mirabeau. Précipité de la tribune, il y remontait le
lendemain; humilié par les sarcasmes, étouffé par les murmures,
désavoué par tous les partis, disparaissant entre les grands athlètes
qui fixaient l'attention publique, il était sans cesse vaincu, jamais
lassé. On eût dit qu'un génie intime et prophétique lui révélait
d'avance la vanité de tous ces talents, la toute-puissance de la
volonté et de la patience, et qu'une voix entendue de lui seul lui
disait: «Ces hommes qui te méprisent t'appartiennent; tous les détours
de cette Révolution qui ne veut pas te voir viendront aboutir à toi,
car tu t'es placé sur sa route comme l'inévitable excès auquel
aboutit toute impulsion!» Cet homme, c'était Robespierre.
«Il y a des abîmes qu'on n'ose pas sonder et des caractères qu'on ne
veut pas approfondir, de peur d'y trouver trop de ténèbres et trop
d'horreur; mais l'histoire, qui a l'oeil impassible du temps, ne doit
pas s'arrêter à ces terreurs; elle doit comprendre ce qu'elle se
charge de raconter.»
Ici je ne m'excuse pas, je me justifie. L'accusation d'avoir flatté
Robespierre est la calomnie qui a le plus contristé mon coeur.
M'accusera-t-on aussi d'avoir flatté le club des Jacobins, levier de
Robespierre? Qu'on lise.