Cela dit quant à la véracité et à la sincérité de l'histoire, un mot
du style. Le style étant ce qu'on appelle le talent, et le talent
étant la partie d'un livre où se réfugie l'amour-propre de l'auteur,
il serait malséant et immodeste à moi d'en parler; j'aurais voulu en
avoir davantage pour populariser et immortaliser les récits, les
leçons et les moralités de ces mémorables événements.
L'homme a beau se guinder, il ne peut ajouter une ligne à sa taille;
il est ce qu'il est. Je n'ai pas mis de prétention dans mon style, j'y
ai mis un peu plus d'attention que dans mes autres écrits, en vers ou
en prose, parce que mes autres écrits, surtout en prose, ne
s'adressaient qu'au temps, et que l'histoire s'adresse à la postérité.
Je respectais plus la postérité que mon temps. Mais le caractère de
mon style, étant le mouvement, la chaleur et l'improvisation, ne
comporte pas ces perfections élégantes et ce poli des surfaces qui,
dans les styles vraiment classiques, sont l'oeuvre du temps. Dans
l'ordre matériel, comme dans l'ordre littéraire, tout ce qui est poli
est froid. Voyez le marbre. Je ne suis pas de marbre, je suis
d'argile, je le reconnais. C'est donc au public et non à moi de
caractériser le style des _Girondins_. Je ferai ici une simple
observation sur la critique qui a été faite le plus souvent de mon
style historique par des historiens mes émules ou mes rivaux. C'est
l'abondance et la minutieuse exactitude des portraits de mes
personnages historiques. Si c'est un défaut, j'en conviens; mais j'en
conviens sans m'en accuser et sans m'en repentir. Voici pourquoi: