Ai-je excusé un seul de ses crimes inexcusables, les massacres de
septembre[1] et la concession de la tête du roi au 21 janvier? Non.
Atténuer l'horreur du crime, c'est le partager gratuitement; l'excuse
même est pire que le crime, car c'est le crime sans la passion qui le
fait commettre, c'est le crime à froid.
[Note 1: Je ne crois plus que Danton ait voulu les massacres de
septembre. Je dois le dire, la commune même de Paris ne les voulut
pas; elle les adopta après coup pour les arrêter. Manuel faillit périr
en tentant de désarmer les égorgeurs; Danton, tout audacieux qu'il
était, n'osa pas les désavouer. C'est un crime sans père!]
Mais j'ai fait connaître le vrai coupable, le popularisme jusqu'au
sang, et j'ai montré le vrai Danton, noyé dans un forfait dont il se
repent, en cherchant vainement à regagner le bord de l'innocence,
qu'on ne regagne jamais qu'au ciel, par le repentir et par
l'expiation.
C'est ainsi que, voulant restituer à Robespierre son vrai caractère
historique de fanatisme systématique et convaincu, d'aberration
politique et sociale au commencement et de férocité désespérée à la
fin, je recherchai avec soin pendant tout un hiver, à Paris, les
moindres fils encore subsistants qui pouvaient se rattacher à cette
figure, et dire non la vérité convenue, mais la vérité vraie et
occulte sur ce tribun, précipité de sa dictature le 9 thermidor,
journée dont Bonaparte, qui avait connu et fréquenté ce tyran du
comité de salut public, disait à Sainte-Hélène que: «c'était un procès
jugé, mais non instruit.» Mot très-hardi, mais très-vrai.