XIV

Ai-je excusé un seul de ses crimes inexcusables, les massacres de

septembre[1] et la concession de la tête du roi au 21 janvier? Non.

Atténuer l'horreur du crime, c'est le partager gratuitement; l'excuse

même est pire que le crime, car c'est le crime sans la passion qui le

fait commettre, c'est le crime à froid.

[Note 1: Je ne crois plus que Danton ait voulu les massacres de

septembre. Je dois le dire, la commune même de Paris ne les voulut

pas; elle les adopta après coup pour les arrêter. Manuel faillit périr

en tentant de désarmer les égorgeurs; Danton, tout audacieux qu'il

était, n'osa pas les désavouer. C'est un crime sans père!]

Mais j'ai fait connaître le vrai coupable, le popularisme jusqu'au

sang, et j'ai montré le vrai Danton, noyé dans un forfait dont il se

repent, en cherchant vainement à regagner le bord de l'innocence,

qu'on ne regagne jamais qu'au ciel, par le repentir et par

l'expiation.

C'est ainsi que, voulant restituer à Robespierre son vrai caractère

historique de fanatisme systématique et convaincu, d'aberration

politique et sociale au commencement et de férocité désespérée à la

fin, je recherchai avec soin pendant tout un hiver, à Paris, les

moindres fils encore subsistants qui pouvaient se rattacher à cette

figure, et dire non la vérité convenue, mais la vérité vraie et

occulte sur ce tribun, précipité de sa dictature le 9 thermidor,

journée dont Bonaparte, qui avait connu et fréquenté ce tyran du

comité de salut public, disait à Sainte-Hélène que: «c'était un procès

jugé, mais non instruit.» Mot très-hardi, mais très-vrai.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 179 / 208 题