Voilà donc quatre témoignages d'hommes encore vivants qui,
indépendamment des témoignages écrits, ne laissent aucun doute sur la
réalité des scènes solennelles et des paroles mémorables qui
précédèrent le supplice des Girondins; sauf ces légendes plus ou moins
exactes, plus ou moins amplifiées, qui ne sont point du fait de
l'historien, mais du peuple, espèce d'atmosphère ambiante de
l'imagination populaire qui enveloppe toujours les grands événements,
comme elle enveloppe dans la nature les grands horizons.
Le critique se trompe également en niant l'emprisonnement provisoire,
mais assez long, des principaux Girondins dans la prison des Carmes de
la rue de Vaugirard avant leur captivité à la Conciergerie. Il se
trompe par conséquent en m'attribuant la supposition arbitraire des
inscriptions murales des chambres hautes des Carmes aux Girondins
détenus dans ces chambres. Je les ai relevées moi-même sur ces murs
blanchis à la chaux, où sans doute on peut les vérifier encore. Je
n'ai donné que comme conjecture vraisemblable, mais nullement
certaine, l'attribution de telle de ces inscriptions à tel ou tel de
ces prisonniers. Ce n'est point là de l'histoire, mais de la
conjecture morale qui n'a aucune valeur positivement historique, mais
qui ne fut jamais interdite aux historiens non pour falsifier, mais
pour vivifier leur récit.
C'est ce même scrupule de véracité, quelle que fût la peine prise pour
en consulter les sources par des voyages ou par des recherches parmi
les familles des principaux acteurs du drame révolutionnaire, dont on
retrouvera les preuves toutes les fois qu'on voudra, comme M. de
Cassagnac, contester l'exactitude de telle ou telle page de
l'_Histoire des Girondins_.