L'opposition m'applaudit à outrance; le parti conservateur s'étonna et
s'affligea, sans toutefois m'injurier.
Seulement on attribua généralement cette déclaration d'hostilité
loyale au gouvernement à la rancune personnelle d'une ambition
trompée, qui se venge en renversant ce qu'elle a protégé la veille.
Cela était bien faux; car le roi venait pour la seconde fois de me
demander une entrevue secrète; j'y avais consenti par pure déférence
respectueuse pour nos anciennes relations. Il m'avait tout offert,
avec des instances qui rendaient le refus difficile à un coeur touché
de ses embarras; j'avais tout refusé. Son principal ministre à cette
époque, qui sait mieux que personne _une partie_ de la vérité sur
cette entrevue et sur les avances du roi, les a démenties récemment,
dit-on, en les mettant sur le compte de mon imagination. Le roi
lui-même, du fond de sa tombe, dans ses révélations posthumes,
démentira, plus pertinemment que moi, son ministre. Aucun roi n'a tant
écrit.
Mais remontons de quelques mois, au moment où, en écrivant les
_Girondins_, je faisais ce discours épique, cette discussion en récit
qui devait produire et qui produisit une émotion plus grande et plus
durable que cent discours de tribune.