Toutes ces tendances exigeaient évidemment, pour être graduellement
obéies, un élargissement immense du régime électoral, étroit,
privilégié, et par conséquent dangereux à un jour donné pour la
société elle-même, qui ne vit que de justice et qui meurt toujours de
privilége.
Ces lois étaient certainement républicaines dans le sens moral du mot,
mais elles n'étaient nullement antimonarchiques dans le sens
politique. Les institutions républicainement spiritualistes peuvent
avoir une tête monarchique, sans pour cela cesser d'être populaires.
Une fois les idées progressives admises en pratique dans le
gouvernement d'une société bien faite, la monarchie peut être avec
logique et avec avantage le lien de ce faisceau d'idées.
J'étais loin de le méconnaître. Aussi je ne me déclarai point
républicain, mais populaire, et dans un discours prononcé à un banquet
célèbre qui me fut donné à Mâcon par les délégués de trois ou quatre
provinces réunies (banquet _littéraire_ qu'il ne faut pas confondre
avec les banquets politiques organisés par la coalition
parlementaire), dans ce discours, dis-je, qui fit tressaillir la
France par la hardiesse des idées et de l'accent, je conclus à dompter
la monarchie par la force de l'opinion, et non à la détruire. Ce fut
un vigoureux conseil, ce ne fut point une menace. On peut le relire
dans mes _Oeuvres complètes_. Les journaux de toutes les nuances en
France et en Europe le reproduisirent et lui donnèrent, par leurs
commentaires, le retentissement d'une chute anticipée du trône
d'Orléans dans les esprits. Ce n'était pas mon intention. Je le
rectifiai même dans mon propre département par une lettre énergique
contre les banquets parlementaires de la coalition, auxquels je
refusai de m'unir.
Mais, libre désormais de tout ménagement envers le ministère de M.
Molé, remplacé par un ministère de manoeuvre, pris dans la défection
d'une partie des coalisés, je montai à la tribune, et pour la première
fois je déclarai que j'entrais dans l'opposition.