VII

Toutes ces tendances exigeaient évidemment, pour être graduellement

obéies, un élargissement immense du régime électoral, étroit,

privilégié, et par conséquent dangereux à un jour donné pour la

société elle-même, qui ne vit que de justice et qui meurt toujours de

privilége.

Ces lois étaient certainement républicaines dans le sens moral du mot,

mais elles n'étaient nullement antimonarchiques dans le sens

politique. Les institutions républicainement spiritualistes peuvent

avoir une tête monarchique, sans pour cela cesser d'être populaires.

Une fois les idées progressives admises en pratique dans le

gouvernement d'une société bien faite, la monarchie peut être avec

logique et avec avantage le lien de ce faisceau d'idées.

J'étais loin de le méconnaître. Aussi je ne me déclarai point

républicain, mais populaire, et dans un discours prononcé à un banquet

célèbre qui me fut donné à Mâcon par les délégués de trois ou quatre

provinces réunies (banquet _littéraire_ qu'il ne faut pas confondre

avec les banquets politiques organisés par la coalition

parlementaire), dans ce discours, dis-je, qui fit tressaillir la

France par la hardiesse des idées et de l'accent, je conclus à dompter

la monarchie par la force de l'opinion, et non à la détruire. Ce fut

un vigoureux conseil, ce ne fut point une menace. On peut le relire

dans mes _Oeuvres complètes_. Les journaux de toutes les nuances en

France et en Europe le reproduisirent et lui donnèrent, par leurs

commentaires, le retentissement d'une chute anticipée du trône

d'Orléans dans les esprits. Ce n'était pas mon intention. Je le

rectifiai même dans mon propre département par une lettre énergique

contre les banquets parlementaires de la coalition, auxquels je

refusai de m'unir.

Mais, libre désormais de tout ménagement envers le ministère de M.

Molé, remplacé par un ministère de manoeuvre, pris dans la défection

d'une partie des coalisés, je montai à la tribune, et pour la première

fois je déclarai que j'entrais dans l'opposition.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 173 / 208 题