VI

La révolution vraie, selon moi, ne s'exprimait que par trois

principes ou plutôt par trois _tendances_ légitimes, résultat de mes

études et de mes réflexions sur la vraie nature et sur les vrais

dogmes de la rénovation française.

Ces trois tendances de l'esprit de la nouvelle civilisation inaugurée

sur les ruines de la civilisation féodale, étaient celles-ci:

Déplacement, mais nullement destruction du principe d'autorité,

c'est-à-dire, au lieu du despotisme des rois, des cours, des

sacerdoces dominants, l'autorité raisonnée, mais absolue ensuite et

irrésistible de la volonté représentée du peuple tout entier, confiée

à un roi héréditaire ou à des autorités électives. En un mot, une

autorité très-concentrée, très-forte, très-obéie, nécessaire à la

répression des passions individuelles ou des factions collectives.

L'ordre libre, mais l'ordre très-prédominant sur ce qu'on appelle la

liberté. Car l'autorité est la première nécessité de la société; la

liberté n'en est que la dignité individuelle.

La seconde de ces tendances, c'est la liberté religieuse, longtemps

effacée des constitutions civiles de l'Europe, et devant, selon moi,

reprendre sa place naturelle, c'est-à-dire la première place, dans

les indépendances de l'âme et par l'indépendance des cultes desservis

par eux-mêmes, avec indemnité préalable des établissements et des

individus consacrés antérieurement au culte de l'État. C'est la plus

difficile des libertés à établir consciencieusement, mais c'est la

plus sainte et la plus favorable à l'action religieuse sur les

sociétés dont l'âme est toujours une foi libre.

La troisième de ces tendances, c'est la concorde organique entre les

classes riches ou pauvres de la société par des institutions qui les

rapprochent et qui leur inspirent non cette fraternité déclamatoire et

métaphysique qui ne consiste qu'en égalité et en communauté de biens

impraticables et contre nature, mais par des actes efficaces de

patronage et de clientèle entre la propriété du capital et la

propriété du travail, entre le propriétaire et le prolétaire, entre le

sol et le bras, propriétés aussi sacrées l'une que l'autre et dont

l'une ne peut subsister sans l'autre. Dans ce but, je voulais que les

classes laborieuses eussent, par un vote proportionné à leur droit de

vivre, une part consultative dans la représentation trop privilégiée

des classes propriétaires ou industrielles; je voulais, comme en

Angleterre, un impôt de bienfaisance sur le revenu, non pas un impôt

progressif qui décime le travail en décimant le capital, mais un impôt

proportionnel qui oblige la classe riche à une charité légale qui met

du coeur et de la vertu dans les lois.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 172 / 208 题