La révolution vraie, selon moi, ne s'exprimait que par trois
principes ou plutôt par trois _tendances_ légitimes, résultat de mes
études et de mes réflexions sur la vraie nature et sur les vrais
dogmes de la rénovation française.
Ces trois tendances de l'esprit de la nouvelle civilisation inaugurée
sur les ruines de la civilisation féodale, étaient celles-ci:
Déplacement, mais nullement destruction du principe d'autorité,
c'est-à-dire, au lieu du despotisme des rois, des cours, des
sacerdoces dominants, l'autorité raisonnée, mais absolue ensuite et
irrésistible de la volonté représentée du peuple tout entier, confiée
à un roi héréditaire ou à des autorités électives. En un mot, une
autorité très-concentrée, très-forte, très-obéie, nécessaire à la
répression des passions individuelles ou des factions collectives.
L'ordre libre, mais l'ordre très-prédominant sur ce qu'on appelle la
liberté. Car l'autorité est la première nécessité de la société; la
liberté n'en est que la dignité individuelle.
La seconde de ces tendances, c'est la liberté religieuse, longtemps
effacée des constitutions civiles de l'Europe, et devant, selon moi,
reprendre sa place naturelle, c'est-à-dire la première place, dans
les indépendances de l'âme et par l'indépendance des cultes desservis
par eux-mêmes, avec indemnité préalable des établissements et des
individus consacrés antérieurement au culte de l'État. C'est la plus
difficile des libertés à établir consciencieusement, mais c'est la
plus sainte et la plus favorable à l'action religieuse sur les
sociétés dont l'âme est toujours une foi libre.
La troisième de ces tendances, c'est la concorde organique entre les
classes riches ou pauvres de la société par des institutions qui les
rapprochent et qui leur inspirent non cette fraternité déclamatoire et
métaphysique qui ne consiste qu'en égalité et en communauté de biens
impraticables et contre nature, mais par des actes efficaces de
patronage et de clientèle entre la propriété du capital et la
propriété du travail, entre le propriétaire et le prolétaire, entre le
sol et le bras, propriétés aussi sacrées l'une que l'autre et dont
l'une ne peut subsister sans l'autre. Dans ce but, je voulais que les
classes laborieuses eussent, par un vote proportionné à leur droit de
vivre, une part consultative dans la représentation trop privilégiée
des classes propriétaires ou industrielles; je voulais, comme en
Angleterre, un impôt de bienfaisance sur le revenu, non pas un impôt
progressif qui décime le travail en décimant le capital, mais un impôt
proportionnel qui oblige la classe riche à une charité légale qui met
du coeur et de la vertu dans les lois.