XLII

J'étais au coin de la cheminée, muet et consterné de la résolution,

selon moi si fatale, conseillée ou acceptée par tous; mais je n'étais

que témoin sans responsabilité officielle dans le débat; mon visage

seul, triste et désapprobateur malgré moi, montrait sans doute que la

résolution de dissoudre la chambre en ce moment m'inspirait un trop

juste effroi. On me regardait. Après avoir attendu quelque temps que

je prisse à mon tour la parole, et voyant que je continuais à me

taire, M. Molé m'apostropha enfin avec un ton de reproche: «Mais

enfin, dit-il, qu'en pense M. de Lamartine? Nous ne l'avons pas appelé

pour assister seulement comme un de nos amis à ce débat, mais surtout

pour écouter ses impressions personnelles sur le parti à prendre et

pour nous éclairer de son opinion; nous le supplions donc de nous dire

nettement sa pensée.

«--Ma pensée, répondis-je en me levant et en prenant le marbre de la

cheminée pour le marbre de la tribune, je ne vous la disais pas et je

désirais ne pas avoir à vous la dire, parce qu'elle est sinistre

d'après la résolution que je vois déjà toute prise dans ce conseil de

gouvernement.»

On se récria, on me demanda de m'expliquer; je le fis franchement,

longuement, énergiquement, sans ménagement pour l'avis des membres du

cabinet que je venais d'entendre. Le fond de mon discours était

celui-ci:

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 160 / 208 题