J'étais au coin de la cheminée, muet et consterné de la résolution,
selon moi si fatale, conseillée ou acceptée par tous; mais je n'étais
que témoin sans responsabilité officielle dans le débat; mon visage
seul, triste et désapprobateur malgré moi, montrait sans doute que la
résolution de dissoudre la chambre en ce moment m'inspirait un trop
juste effroi. On me regardait. Après avoir attendu quelque temps que
je prisse à mon tour la parole, et voyant que je continuais à me
taire, M. Molé m'apostropha enfin avec un ton de reproche: «Mais
enfin, dit-il, qu'en pense M. de Lamartine? Nous ne l'avons pas appelé
pour assister seulement comme un de nos amis à ce débat, mais surtout
pour écouter ses impressions personnelles sur le parti à prendre et
pour nous éclairer de son opinion; nous le supplions donc de nous dire
nettement sa pensée.
«--Ma pensée, répondis-je en me levant et en prenant le marbre de la
cheminée pour le marbre de la tribune, je ne vous la disais pas et je
désirais ne pas avoir à vous la dire, parce qu'elle est sinistre
d'après la résolution que je vois déjà toute prise dans ce conseil de
gouvernement.»
On se récria, on me demanda de m'expliquer; je le fis franchement,
longuement, énergiquement, sans ménagement pour l'avis des membres du
cabinet que je venais d'entendre. Le fond de mon discours était
celui-ci: