XLI

Je me rendis au rendez-vous chez M. Molé. J'y trouvai les ministres

réunis.

«Nous vous avons convoqué, me dit M. Molé, comme un des défenseurs les

plus signalés des droits de la couronne et du gouvernement, pour

assister aux débats intimes sur la résolution qu'il s'agit de prendre

et pour nous éclairer de votre opinion sur les graves circonstances où

nous nous trouvons.»

La discussion s'ouvrit. Elle fut solennelle, profonde, pathétique. Il

s'agissait du sort de la monarchie, il ne fallait pas se tromper. Une

erreur de jugement était la ruine d'un gouvernement et peut-être une

anarchie de la France et une combustion de l'Europe.

Le premier ministre posa la question; il prit la bravade pour le

courage, il se posa en homme ferme qui accepte le combat avec

l'opinion, qui ne cède rien au temps et aux circonstances, et qui ne

veut tomber qu'avec la monarchie.

Cette harangue du premier ministre avait un côté si spécieux, si fier

et si chevaleresque, qu'elle subjugua tous les autres ministres, et

que les uns, par des discours aussi résolus, les autres, par un

silence approbateur, applaudirent à cette énergie et votèrent

unanimement pour la dissolution immédiate de la chambre et pour un

appel au pays contre les odieuses manoeuvres de la coalition,

manoeuvres qui révoltaient les honnêtes gens et qui révolteraient, on

n'en doutait pas, les électeurs, qui ne pouvaient pas manquer de

donner raison à la couronne indignement attaquée dans ses prérogatives

constitutionnelles, de destituer de leur mandat les députés complices

de l'ambition tribunitienne des deux ministres qui avaient groupé

autour d'eux tous les ennemis de leur propre royauté, et de renvoyer à

leur place des hommes d'ordre et de consolidation.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 159 / 208 题