M. Dupin, dans le quatrième volume de ses _Mémoires_, véritables
archives des choses et des hommes de ce temps, se trompe
involontairement, je n'en doute pas, sur mes vues et sur mon caractère
dans cette circonstance. Il me suppose l'ambition, très-avouable si je
l'avais eue, de la présidence, et il attribue au déboire que j'aurais
eu de ne pas réussir dans cette candidature mon ressentiment contre
le roi et contre la majorité, que j'avais accusés d'ingratitude pour
leur résistance à mon ambition.
Les _Mémoires_ de M. Dupin sont ici complétement dans l'erreur. Le
discours chez M. Delessert subsiste et atteste que je mis moi-même une
barrière entre la majorité reconnaissante et moi, et que je ne
consentis à briguer ni ministère, ni présidence. À quelques sarcasmes
près qui échappaient à la verve épigrammatique de M. Dupin comme des
réminiscences de la jovialité gauloise dans un sénat de Rome, M. Dupin
avait été nommé par la nature président perpétuel d'un sénat français.
On ne pouvait que se subalterniser en lui succédant. C'était sa place.
L'électricité de son génie, l'ubiquité de son attention, le poids
écrasant de son apostrophe, l'universalité de ses connaissances, le
coup mortel de ses reparties et jusqu'au tocsin de sa sonnette
impatiente de désordre comme son esprit, commandaient l'ordre aux
tumultes et le silence aux vociférations; c'était le _quos ego_ de
Virgile incarné dans ce Cicéron de fauteuil. Je n'avais aucune de ces
aptitudes. Je ne voulais pas surtout neutraliser ma pensée ou ma
parole dans ce rôle neutre qui fait de l'homme un mécanisme impartial
de discussion. Combattre, oui; présider, non. Étouffer mon opinion
sous mon rôle, ce n'était pas ma nature. Je n'y pensai jamais;
j'apportais trop de pensées dans le grand procès politique du temps,
pour me réduire au rôle d'arbitre des discussions.