XXXIX

M. Dupin, dans le quatrième volume de ses _Mémoires_, véritables

archives des choses et des hommes de ce temps, se trompe

involontairement, je n'en doute pas, sur mes vues et sur mon caractère

dans cette circonstance. Il me suppose l'ambition, très-avouable si je

l'avais eue, de la présidence, et il attribue au déboire que j'aurais

eu de ne pas réussir dans cette candidature mon ressentiment contre

le roi et contre la majorité, que j'avais accusés d'ingratitude pour

leur résistance à mon ambition.

Les _Mémoires_ de M. Dupin sont ici complétement dans l'erreur. Le

discours chez M. Delessert subsiste et atteste que je mis moi-même une

barrière entre la majorité reconnaissante et moi, et que je ne

consentis à briguer ni ministère, ni présidence. À quelques sarcasmes

près qui échappaient à la verve épigrammatique de M. Dupin comme des

réminiscences de la jovialité gauloise dans un sénat de Rome, M. Dupin

avait été nommé par la nature président perpétuel d'un sénat français.

On ne pouvait que se subalterniser en lui succédant. C'était sa place.

L'électricité de son génie, l'ubiquité de son attention, le poids

écrasant de son apostrophe, l'universalité de ses connaissances, le

coup mortel de ses reparties et jusqu'au tocsin de sa sonnette

impatiente de désordre comme son esprit, commandaient l'ordre aux

tumultes et le silence aux vociférations; c'était le _quos ego_ de

Virgile incarné dans ce Cicéron de fauteuil. Je n'avais aucune de ces

aptitudes. Je ne voulais pas surtout neutraliser ma pensée ou ma

parole dans ce rôle neutre qui fait de l'homme un mécanisme impartial

de discussion. Combattre, oui; présider, non. Étouffer mon opinion

sous mon rôle, ce n'était pas ma nature. Je n'y pensai jamais;

j'apportais trop de pensées dans le grand procès politique du temps,

pour me réduire au rôle d'arbitre des discussions.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 157 / 208 题