Je m'assis en effet au sommet de la droite, sur un banc entièrement
isolé, regardant d'en haut les luttes, et trop impatient cependant de
m'y mêler. J'aurais dû rester en silence, sur cette hauteur, attendant
les occasions s'il en survenait; j'aurais mieux fait mille fois; mais
le caractère prévaut toujours sur la raison dans les natures actives.
Le mien m'entraînait à l'action, même hors de propos; attendre
n'était pas mon tempérament. D'ailleurs je voulais m'exercer à
l'éloquence parlée, à laquelle je me sentais appelé par l'abondance et
la force des pensées qui fermentaient en moi, à chaque discussion que
j'entendais d'en haut s'agiter en bas dans la chambre. J'étais comme
un de ces instruments à fibres suspendus à la muraille d'une salle de
musique, qui vibrent à l'unisson, sans qu'un archet touche leurs
cordes, au seul bruit de l'orchestre où ces instruments n'ont pas leur
partition écrite dans le concert.
Je croyais de plus, dans mon ignorance des assemblées, qu'il suffisait
de monter plein de pensées, de passions et de raison à la tribune,
pour y trouver, dans l'inspiration du marbre et du bois, des paroles
capables de dominer ou d'enthousiasmer l'auditoire; je voulais en
faire l'épreuve le plus tôt possible, prendre la tribune d'assaut, et
fixer mon rang dans l'éloquence, puisque je ne pouvais pas encore
fixer ma politique dans les partis.