Il y avait un autre parti: le parti La Fayette. Ce parti s'était
laissé très-volontairement escamoter la république; il en portait le
drapeau, mais il en avait peur; il affectait d'avoir été dupe, mais
au fond il avait été plus complice que dupe du duc d'Orléans.
Royaliste conditionnel le jour de l'événement au Palais-Royal et à
l'hôtel de ville, républicain d'attitude après coup afin de regagner
un peu de popularité dans les factions extrêmes, ce parti,
représenté par cinq ou six orateurs populaires dans la chambre et
par autant de journaux dans la rue, demandait à grands cris des
institutions ultra-démocratiques, des proscriptions contre les
royalistes au dedans et la guerre universelle de propagande au
dehors. C'étaient les grognards de 1792 et de l'île d'Elbe conjurés
contre la royauté qu'ils venaient d'acclamer quelques mois
auparavant. Il n'y avait, pour un jeune royaliste tel que moi et
pour un homme de gouvernement quand même, aucune conscience, aucune
décence, aucun honneur à se jeter dans ce parti comme dans un asile
de vaincu cherché parmi les vainqueurs de 1830. Je n'eus pas même à
délibérer. «Où allez-vous vous asseoir dans cette chambre? me
demandèrent mes amis à mon arrivée à Paris.--Au plafond,
répondis-je, car je ne vois de place politique pour moi dans aucun
de ces partis.»