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Je cherchai donc dans cette situation difficile les questions

_neutres_, pour ainsi dire, telles que les questions d'affaires

étrangères, de finances, d'humanité, de moralité, d'institutions

bienfaisantes pour les classes laborieuses, d'économie politique, de

liberté du commerce, d'industrie, de charité, et je pris la parole au

milieu d'une très-vive attention publique dans quelques-unes de ces

discussions.

Cette malheureuse prévention de poésie que je traînais dès cette

époque après moi, comme un lambeau de pourpre qu'un roi de théâtre

traîne en descendant de la scène dans la foule ébahie d'une place

publique, me causait un immense embarras. J'aurais voulu m'en

dépouiller à tout prix. Le vulgaire, trop jaloux de sa nature pour

reconnaître deux facultés dans un même homme, me jetait sans cesse à

la face cette accusation hébétée de poésie. Qu'y répondre? J'étais

incontestablement coupable de quelques vers plus ou moins heureux de

jeunesse qui s'étaient fixés dans la mémoire et qui accolaient à mon

nom cette épithète flatteuse en littérature, injurieuse en politique,

à laquelle je n'avais rien à répliquer qu'un haussement d'épaules,

mais qu'il m'a fallu subir toute ma vie et jusqu'à aujourd'hui, comme

la proscription de Platon de la république. Platon, le plus chimérique

des rhéteurs en politique, excluait les poëtes de son utopie, parce

qu'ils sont les plus clairvoyants des hommes; l'envie parlait par sa

bouche. Homère, dont la poésie divine n'est que le bon sens en relief,

illustré par le génie du langage et de la couleur, aurait évidemment

bien gouverné plus de peuples que les rêveries prosaïques de Platon

n'en auraient corrompu et anarchisé.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 150 / 208 题