XXV

Bien que je fusse jeune au moment où Charles X s'écroulait, et bien

que l'ardeur de mon sang fît fermenter puissamment en moi l'ambition

patriotique de prendre une part platonique aux affaires de mon pays,

je ne consultai pas cette ambition, très-excusable à mon âge; je

consultai l'honneur, c'est-à-dire cette délicatesse de sentiment,

peut-être plus chevaleresque que civique, qui semblait commander à un

royaliste de naissance de tomber avec son roi qui tombe, de porter le

deuil de sa cause vaincue, et de ne pas passer avec la fortune du camp

du vaincu au camp du vainqueur.

Je donnai donc volontairement et avec insistance ma démission de mes

fonctions diplomatiques, malgré les instances du ministre du nouveau

roi pour m'engager à poursuivre ma carrière, m'offrant même de

l'élargir et de l'agrandir devant moi.

Ces instances du nouveau gouvernement furent si vives, que M. Molé,

ministre alors des affaires étrangères, se refusa péremptoirement à

remettre ma démission au roi, à moins que je n'écrivisse au roi

lui-même une lettre explicative de mes motifs.

M. Molé se chargea de remettre ma démission et ma lettre au roi

lui-même.

J'écrivis en conséquence cette lettre en termes convenables, mais

résolus, au roi.

M. Molé la lui remit en plein conseil. Le roi la lut en silence, puis,

la passant à M. Laffitte: «Lisez, lui dit-il, voilà une démission

convenablement et noblement donnée!» M. Laffitte lut à haute voix la

lettre à ses collègues; ils en écoutèrent la lecture avec des marques

d'assentiment unanime. «Qu'on appelle mon fils,» dit le roi. Le duc

d'Orléans entra. «Tiens, dit le roi à son fils, voilà une lettre et

une démission honorablement offertes; lis cela.» Puis, se tournant

vers M. Molé: «Dites à M. de Lamartine de ma part que j'accepte en la

regrettant sa démission, mais que cela ne changera rien à mes

sentiments à son égard, et que je le prie de venir me voir comme

avant la révolution.»

C'est M. Molé, chez qui je dînais ce jour-là, qui me transmit

littéralement ces détails à la sortie du conseil, et qui m'engagea

fortement à aller voir le roi.

«Je n'en ferai rien, répondis-je à M. Molé. Dites au roi que je ne

puis pas compromettre mon honneur de royaliste en allant au

Palais-Royal ou aux Tuileries; je n'irais que pour lui confirmer de

vive voix mon refus de ses faveurs, et le public, en m'y voyant

entrer, croirait que j'y vais pour solliciter ces mêmes faveurs. On

pourrait prendre une politesse pour une adhésion à son gouvernement;

je dois respectueusement m'abstenir de paraître où je ne veux ni

complimenter ni servir.»

Je partis le lendemain pour l'Angleterre.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 143 / 208 题