XXIV

La révolution de 1830 éclata en effet quelques semaines après cette

fête. Je n'étais pas en France, je n'en eus pas les émotions sur

place, j'en eus les tristesses réfléchies; elles furent en moi

profondes, elles le sont toujours. Je compris que la France perdait

étourdiment la seule et peut-être la dernière occasion de réconcilier

le passé monarchique et l'avenir libéral dans une maison royale dont

un membre pouvait errer, mais dont la dynastie, innocente d'une erreur

sénile, et respectée dans un enfant légitime de la France, pouvait

imprimer à la fois à nos destinées nationales et politiques la

solidité des traditions et la vigueur des nouveautés. C'était la

légitimité du sceptre, oui; mais c'était aussi la légitimité de la

révolution fixée à ses principes vrais et légitimes.

Cette occasion de sagesse perdue, le câble me paraissait rompu, le

vaisseau en dérive, la France livrée au hasard de tous les vents, la

révolution compromise par ses excès, la royauté engagée contre les

royalistes, des règnes courts, des partis au lieu de nation, des

républiques précaires, des dictatures militaires comme celles qui

précédèrent la décomposition césarienne de la constitution romaine

sous les Gracques, les Marius, les Sylla; enfin une oscillation

désordonnée qui brise les institutions politiques et qui donne le

vertige aux nations, au lieu du mouvement régulateur qui maintient la

vie et qui la modère. Ces pressentiments ne m'ont point trompé

jusqu'ici (sauf l'empire, violent d'origine, mais que sa modération

dans la force fait vivre); la monarchie illégitime du duc d'Orléans ne

devait pas avoir même la durée de la vie d'un homme déjà avancé en

âge: elle était morte avant son fondateur.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 142 / 208 题