La révolution de 1830 éclata en effet quelques semaines après cette
fête. Je n'étais pas en France, je n'en eus pas les émotions sur
place, j'en eus les tristesses réfléchies; elles furent en moi
profondes, elles le sont toujours. Je compris que la France perdait
étourdiment la seule et peut-être la dernière occasion de réconcilier
le passé monarchique et l'avenir libéral dans une maison royale dont
un membre pouvait errer, mais dont la dynastie, innocente d'une erreur
sénile, et respectée dans un enfant légitime de la France, pouvait
imprimer à la fois à nos destinées nationales et politiques la
solidité des traditions et la vigueur des nouveautés. C'était la
légitimité du sceptre, oui; mais c'était aussi la légitimité de la
révolution fixée à ses principes vrais et légitimes.
Cette occasion de sagesse perdue, le câble me paraissait rompu, le
vaisseau en dérive, la France livrée au hasard de tous les vents, la
révolution compromise par ses excès, la royauté engagée contre les
royalistes, des règnes courts, des partis au lieu de nation, des
républiques précaires, des dictatures militaires comme celles qui
précédèrent la décomposition césarienne de la constitution romaine
sous les Gracques, les Marius, les Sylla; enfin une oscillation
désordonnée qui brise les institutions politiques et qui donne le
vertige aux nations, au lieu du mouvement régulateur qui maintient la
vie et qui la modère. Ces pressentiments ne m'ont point trompé
jusqu'ici (sauf l'empire, violent d'origine, mais que sa modération
dans la force fait vivre); la monarchie illégitime du duc d'Orléans ne
devait pas avoir même la durée de la vie d'un homme déjà avancé en
âge: elle était morte avant son fondateur.