XXIII

À la lecture de l'article du _Constitutionnel_, et surtout à la

lecture de cette injonction comminatoire du président du conseil du

duc d'Orléans, je sentis que ma concession de la veille serait une

lâcheté, et que, si j'avais dû au duc d'Orléans et aux larmes de ma

mère d'obtempérer à l'instant à une demande secrète, je me devais à

moi-même de révoquer ma concession confidentielle, et de maintenir

contre une menace ce que j'avais effacé devant une prière, du moment

surtout où la publicité injurieuse du _Constitutionnel_, qui ne

pouvait venir que du Palais-Royal, avait mis le public dans la

confidence.

Je me hâtai donc de révoquer, courrier par courrier, l'autorisation de

supprimer les vers concédés, et j'écrivis au prince les motifs qui me

faisaient une loi de lui désobéir, à moins de lui sacrifier mon

caractère et mon honneur.

À mon retour à Paris, je crus devoir m'abstenir de le voir, malgré de

pressantes et nombreuses avances de sa part pour provoquer mon retour

au Palais-Royal; je m'y refusai obstinément pendant plusieurs mois,

croyant à mon tour que je pouvais me sentir offensé par le ton et par

la divulgation de sa menace. À la fin, une négociation, conduite au

nom du prince par madame la comtesse de Dolomieu, première dame

d'honneur de la duchesse d'Orléans, aboutit à une réconciliation

complète et à un déjeuner de famille au Palais-Royal auquel je fus

convié, pendant l'été de 1829.

La fête mémorable que le duc d'Orléans donna à cette même époque au

roi de Naples fut une autre occasion de rapprochement. J'y fus prié

par le duc d'Orléans, j'y assistai; mais l'heure de la révolution y

sonna pendant la fête par les tumultes populaires et par l'incendie

des chaises du jardin sous les fenêtres et sous les yeux du roi.

J'étais dans la salle du banquet, non encore ouverte au public, tout

près de Charles X, lorsque l'incendie scandaleux fut allumé comme une

illumination anticipée à la révolution orléaniste, et je vis ses

premières lueurs se refléter sur le front confiant mais attristé de

Charles X. J'étais navré.

Le duc d'Orléans, pendant toute cette fête, me traita avec une

froideur publique et affectée presque offensante. Cette froideur

contrastait trop avec sa familiarité intime depuis notre

réconciliation pour qu'elle ne fût pas remarquée par mon coup d'oeil.

J'y vis une intention marquée de s'éloigner de moi royaliste, devant

ses amis bonapartistes et révolutionnaires, et je compris trop bien

son intention pour ne pas m'éloigner moi-même et sans retour de sa

maison.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 141 / 208 题