À la lecture de l'article du _Constitutionnel_, et surtout à la
lecture de cette injonction comminatoire du président du conseil du
duc d'Orléans, je sentis que ma concession de la veille serait une
lâcheté, et que, si j'avais dû au duc d'Orléans et aux larmes de ma
mère d'obtempérer à l'instant à une demande secrète, je me devais à
moi-même de révoquer ma concession confidentielle, et de maintenir
contre une menace ce que j'avais effacé devant une prière, du moment
surtout où la publicité injurieuse du _Constitutionnel_, qui ne
pouvait venir que du Palais-Royal, avait mis le public dans la
confidence.
Je me hâtai donc de révoquer, courrier par courrier, l'autorisation de
supprimer les vers concédés, et j'écrivis au prince les motifs qui me
faisaient une loi de lui désobéir, à moins de lui sacrifier mon
caractère et mon honneur.
À mon retour à Paris, je crus devoir m'abstenir de le voir, malgré de
pressantes et nombreuses avances de sa part pour provoquer mon retour
au Palais-Royal; je m'y refusai obstinément pendant plusieurs mois,
croyant à mon tour que je pouvais me sentir offensé par le ton et par
la divulgation de sa menace. À la fin, une négociation, conduite au
nom du prince par madame la comtesse de Dolomieu, première dame
d'honneur de la duchesse d'Orléans, aboutit à une réconciliation
complète et à un déjeuner de famille au Palais-Royal auquel je fus
convié, pendant l'été de 1829.
La fête mémorable que le duc d'Orléans donna à cette même époque au
roi de Naples fut une autre occasion de rapprochement. J'y fus prié
par le duc d'Orléans, j'y assistai; mais l'heure de la révolution y
sonna pendant la fête par les tumultes populaires et par l'incendie
des chaises du jardin sous les fenêtres et sous les yeux du roi.
J'étais dans la salle du banquet, non encore ouverte au public, tout
près de Charles X, lorsque l'incendie scandaleux fut allumé comme une
illumination anticipée à la révolution orléaniste, et je vis ses
premières lueurs se refléter sur le front confiant mais attristé de
Charles X. J'étais navré.
Le duc d'Orléans, pendant toute cette fête, me traita avec une
froideur publique et affectée presque offensante. Cette froideur
contrastait trop avec sa familiarité intime depuis notre
réconciliation pour qu'elle ne fût pas remarquée par mon coup d'oeil.
J'y vis une intention marquée de s'éloigner de moi royaliste, devant
ses amis bonapartistes et révolutionnaires, et je compris trop bien
son intention pour ne pas m'éloigner moi-même et sans retour de sa
maison.