Telles étaient, dès l'année 1844, mes dispositions d'esprit à l'égard
de la royauté pseudo-républicaine et pseudo-dynastique de la famille
d'Orléans. Je l'aurais vénérée partout ailleurs que sur un trône; par
tradition de famille, du côté de ma mère, je lui devais plus que du
respect, je lui devais de la reconnaissance. Cette auguste maison
avait eu des patronages, des bienveillances, des générosités
princières pour ma famille maternelle. La mère de ma mère était
sous-gouvernante de ces enfants, des princes du sang et de la fille du
vénérable duc de Penthièvre. Le roi Louis-Philippe et ses frères
avaient été, avant l'époque de madame de Genlis, élevés par ma
grand'mère; un de mes proches parents était son intendant des
finances. Après la terreur, la duchesse d'Orléans, reléguée en
Espagne, avait prié ma grand'mère d'aller chercher madame Adélaïde
d'Orléans, sa fille, en Suisse, et de la lui ramener en Espagne. La
mission de confiance avait été remplie. Après 1814, ma mère avait
retrouvé dans Louis-Philippe et dans madame Adélaïde, sa soeur, des
souvenirs d'enfance et d'éducation communs qui les disposaient à
toutes les bontés pour la fille de leur gouvernante. J'avais l'honneur
d'en être reçu avec distinction dans mon adolescence. La protection du
prince et de sa soeur ne me fut néanmoins d'aucun secours, soit dans
la carrière littéraire, où l'on n'est protégé que par son talent, si
on en a; soit dans la carrière militaire, où je servais, dans les
gardes-nobles de Louis XVIII, une cause très-opposée au parti
politique déjà dessiné du duc d'Orléans; soit dans la carrière
diplomatique, où je servis fidèlement la politique de la légitimité
jusqu'à sa chute. D'ailleurs, mon père, le chevalier de Lamartine,
ancien et loyal officier de cavalerie dans le régiment Dauphin au
moment de la Révolution, ses frères, royalistes comme lui, quoique
constitutionnels de 1789, m'auraient vu avec répugnance devenir le
client de la maison d'Orléans. Elle portait à leurs yeux, quoique
innocente des antécédents, la responsabilité du prince complice de
1793, puni d'un vote fatal par la hache du même bourreau.